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La Ballade du Café Triste • Carson McCullers

Titre original : The Ballad of the sad cafe
États-Unis, 1943
Éditions Stock, 1974, pour la traduction française
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jacques Tournier

 

 
Ce qu’on ignore, lorsque comme moi on fait une croix sur la biographie d’un auteur pour mieux savourer, bandeau sur les yeux, la première bouchée de son œuvre, c’est que Carson McCullers n’est pas, comme son nom l’indique, un cow-boy aux bottes sales et au cœur amoureux. Loin de là. C’est celui d’une jeune femme de 26 ans que ses parents voulaient garçon, jeune femme qu’on s’imagine le visage fermé et les mains pudiques, pianotant sur une machine à écrire des notes douces et lugubres à la fois. Ancienne pianiste et petit génie déchu, trop grande pour le monde, Carson est une girafe dans un magasin de porcelaines – en partie déjà brisées. Mais Carson n’est pas là pour recoller les morceaux. Dans les débris, elle déblaie un chemin qui fait le tour de la pièce. Puis elle peut commencer l’écriture de sa nouvelle.

L’HISTOIRE
Dans une petite ville sans nom du sud profond des États-Unis, dans un bled paumé où toutes les baraques semblent aussi pourries les unes que les autres, un bâtiment se fait remarquer, plus grand que tous, situé à la fois au centre de la ville et au centre du récit, c’est le triste café de Miss Amelia Evans, qui n’est pourtant pas encore un café mais un simple magasin (faisant la richesse de sa propriétaire).
Et voici que l’histoire commence, mais elle nous sera racontée, nous ne la lirons pas. L’auteur nous vouvoie, nous prend par la main. Elle nous fait la visite et il est difficile de s’échapper en douce. Encore de la pudeur ? Une forme de protection ? Des pages arrachées dans un journal intime ? et arrachées en nombre suffisant pour que le journal ne soit plus si intime ?
Et voici qu’un étrange bossu débarque dans la ville. Il annonce être le cousin de la riche Miss Amelia et contre toute attente, cette dernière lui fait confiance, lui offre gîte et couvert et dans cette atmosphère de bonne camaraderie et d’insouciance, le magasin se transforme en café où toute la ville commence à se réunir et à boire jusqu’à minuit.
Le cousin Lymon est un bossu sans qualité apparente, si ce n’est cet air hautain et détestable qu’il prend lorsqu’il entre dans une pièce (ce qui est forcément une qualité, de s’élever au-dessus des autres, lorsqu’on est un bossu). Malgré cela, Miss Amelia le prend en affection, lui passe tous ses caprices et lui fait réchauffer des petits plats au bain-marie ; bref, elle commence quelque à peu à ressembler à la cruchonne de service.
Mais voici un peu d’action : l’ex-mari de Miss Amelia, Marvin Macy, alors incarcéré en prison (à vie) et avec lequel elle n’a été marié que dix jours, est libéré et refait son apparition en ville. Le bossu se prend alors mystérieusement d’affection pour lui et commence à le suivre dans chacun de ses mouvements. Cette complicité que rien n’explique va même jusqu’à faire déménager Miss Amelia de sa chambre sans aucune protestation, presque naturellement, afin que s’y installe son ex-mari. Après quoi elle dort dans le canapé du salon.
S’en suit un combat programmé entre Miss Amelia et son ex-mari, combat que Miss Amelia perd à cause d’une traîtrise du cousin Lymon.
Enfin, le cousin et l’ex-mari dépouillent toutes les richesses de Miss Amelia, saccagent la maison et brûlent sur leur chemin tout ce qu’ils trouvent et qui portent le nom de Miss Amelia Evans.
Le chant d’un groupe de bagnards conclue – joyeusement ! – la nouvelle.
UNE PISTE ?
Le bossu pourrait représenter le lien – inexplicable et profondément monstrueux/singulier – qui attache Miss Amelia à son ex-mari, Marvin Macy. L’incompréhensible amour. Car c’est grâce au bossu, et aux pouvoirs magiques que les êtres de son espèce sont pourvus, que le café de la ville se met à exister, pour la plus grande joie de tous les habitants. En outre, lorsque le bossu disparaît dans le sillon de Marvin Macy, le café ferme, et Miss Amelia demande à ce qu’on aveugle le bâtiment. L’amour est un monstre sournois. Autour de lui gravitent des gens sans nom, sans personnalité, à l’image de Miss Amelia, tous n’étant que des ombres agitées par les mouvements de la flamme, qui se tord comme le bossu se ballade.

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