26 décembre

Le regard noir du fleuve a quitté le guet de son ennui
ou la contemplation des rêves noyés
et a souri
comme un bouffon aux dents-gencives
aux dents osseuses
aux dents derrière lesquelles gigote un bout de cerveau rose
lorsque décembre festive a coloré son flot en longue robe majesté         

Ici
Ma tête vide d’une oreille à l’autre
en fait un morceau d’ombre dans un étau
et deux filaments seuls qui y dansent et y poussent de travers
Ma tête qui digère la ville enguirlandée en rotant et l’épaisse chaleur jaune pisse des foyers qui fument dans la neige
qui chantent et boivent et mangent et chantent encore

Et le fleuve
que les suicidés appellent plafond
Le fleuve aveuglé qui ne verra pas les étoiles
qui n’a jamais vu les étoiles de décembre

Ici
Des crèches ou des théâtres
Des animaux de compagnie
Joyeux Noël mamie

Ici
Le cri monotone et gluant des joies qui poussent comme les arbres morts des cheminées
Les nuages roses de la nuit
du même rose poison tagada ou barbapapa qui fait les caries
De vieux clochards en robe rouge sang
le nez et le foie comme deux passoires
qui font le sourire aux enfants pour une pièce de un franc
Ma tête à remplir de sapins blancs
Ma tête à remplir de marrons chauds
à remplir de carrousel

Et au 26 décembre
le fleuve éteint
quelque chose envolé
et les tiroirs
vides
mes vœux lucides pour la nouvelle année

 

décembre 2010

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