Caldora

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1-2mn

Caldora gratte la nuit enfin assoupie, séchée aux commissures de ses lèvres en petites croûtes croquantes, tel un monstre aux mignonnes paupières roses auquel elle pardonnera toujours tout. Elle plonge son visage loin du miroir, sous l’eau fraîche du robinet, mais l’eau glisse sur la graisse des nuits qui l’a tant et tant patiné, l’eau glisse et tournoie jaune et sale dans le siphon.

Il est 7 heures et Caldora rentre enfin chez elle, en un lieu qui n’existe pas et qu’elle appelle liberté, quelque part enfoui dans les négatifs de la ville, au plus profond des rez-de-chaussée. L’horizon s’est affaissée pour elle vers des nuits éternelles. Les toits d’où s’envolent les oiseaux s’éloignent chaque jour un peu plus.
Cheveux collés aux crâne, chapeau de dame ou ombrelle chinoise, Caldora marche dans son rêve d’un monde aveugle. Une rose parmi les corbeaux. Ils sont devenus daltoniens et elle marche invisible, infestée d’une aura qui lui laisse chaque trottoir libre.
Mais il lui faut courir maintenant, avant que le soleil ne la déshabille. Sa barbe a déjà repoussé, son menton s’est froissé et toute sa robe s’effrite. Caldora court aussi vite qu’elle peut. Se cacher jusqu’à la nuit suivante.

 

novembre 2012

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