Cour des miracles

Je compte jusqu’à douze
Mon cœur vibre de plus en plus fort quand soudain le train passe
Deux secondes
Et je l’entends seulement
Peut-être n’existe-t-il pas
Le bouillon de l’eau reprend
Vingt-sixième chaudron
Je garde l’eau qui monte l’eau qui descend
La vingt-sixième mâchoire d’un long collier de dents
Qui croque
Croque tout

Nous sommes en septembre et l’été tombe des arbres
L’automne pèse lourd cette année
Et ma mâchoire ne peut pas tout croquer
Bien sûr il y a les grenouilles et les libellules
Mais tout le reste est mort
Et moi je cure les dents qui croquent tout
Il y a deux pigeons
Qui tournent
Comme tout le reste
Lentement
Dans les feuilles et les algues
Royalement
Sur un cortège de velours et de mousse
Leur dépouille s’offre à quelque chose de beau
Peut-être le ciel
Et le profil qu’ils exposent hors de l’eau
Gris de pierre que l’aube ne peut réchauffer
Est tout ébouriffé
Le premier est sur le ventre flottant
Il a
Au creux des ailes
Longues et qui pendent et se perdent dans l’eau trouble
Des lianes blondes
Châtains
Rouille
Il y a pour le porter la bave
Qui abonde
Car ça mâchouille
Ça mâchouille tout l’temps
La bave de la vingt-sixième mâchoire
Le second est serti de bijoux de bois
Colliers et boucles d’algues
En robe de platane
Dans ses habits du dimanche
Ils tournent tous deux
Processieux
Dans le sens des aiguilles d’une montre
Jusqu’à ce que je les croque
La sonnerie retentit
Je compte jusqu’à douze
Le train passe et voilà
Tu n’es ni ici ni là-bas
Je veux être l’écluse et plus l’éclusier
Ou bien
Dites-moi s’il vous plait
Si c’est bien le bruit du train que j’entends
Et si tu es dedans
En attendant
Et comme ici le temps est long
Je compte les pigeons morts
Qui crèvent l’œil gauche endormi
Je regarde en amont
Le long du sentier d’un ciel bordé d’arbres
Le chemin qui mène aux nuages
Car c’est là que tu dors
L’eau continue de couler
Le train de rouler
Et moi qui rêve de voir passer un bateau aux seins roses
Aux lèvres framboises
Sur mon Nyx devenu ambroisie
Ce sera un beau bâton raide
Une branche sous un capuchon de ta peau
Un jour où il pleut
Ça fera floc sur ton dos et ça voudra dire je t’aime
Alors je cesserai de rêver
Fini l’ennui mon théâtre
Ma cour des miracles
Je me pencherai ainsi sur la nuit
Jusqu’au bout du nez
Pour admirer
En beaux vêtements de bois
Ton cadavre que je m’empresserai de croquer
septembre 2010

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