Profondeurs • Henning Mankell

Titre original : Djup
Éditeur original : Léopard Förlag, Stockholm, Suède, 2004
Janvier 2008, Éditions du Seuil, pour la traduction française.
Traduit du suédois par Rémi Cassaigne

Je ne lis jamais la quatrième de couverture. Tout comme je ne lis jamais un avant-propos ou quoi que ce soit qui n’est pas signé de l’auteur avant d’avoir terminé le livre (et là seulement, si je ne suis toujours pas rassasié, je me jette sur ces dernières miettes). C’est du domaine du vulgaire, ça n’a aucun intérêt. Mais les aléas de la vie font parfois bouleverser les habitudes, et pour une raison que j’ai oubliée, je me suis retrouvé le nez dans la quatrième de couverture du livre, quand soudain, fin de paragraphe, révélation ultime : l’éditeur balance en deux mots la fin de l’histoire. Alors évidemment, je suis un peu désappointé, mais je sais aussi que ce qui compte vraiment, c’est le chemin et non l’arrivée, et puis l’éditeur, même s’il est vachement gonflé, doit bien savoir ce qu’il fait, alors je me laisse prendre au jeu, j’ai hâte, et vite, j’ouvre la première page, je m’engouffre sur le chemin…

À l’aube de la Première Guerre mondiale, en Suède, le capitaine Lars Tobiasson-Svartman est chargé de sonder les fonds maritimes dans le but d’ouvrir de nouvelles routes secrètes aux navires de guerre. Mais en dehors de ça, le gars n’est pas très intéressant, et donc, pour se donner un peu de style, il dort avec sa sonde. C’est la classe ultime (sauf pour les aficionados de South Park qui y verront, vous savez, ce genre de trucs qu’on voit dans South Park). Dans le même ordre d’idée, le gars évoque à un moment une métaphore sur les distances, le rapport entre les choses et nous, et pendant ce moment, on y croit vraiment, on se dit merde, ce gars sait de quoi il parle et je ferai mieux d’écouter la suite avec attention. Mais après ça le gars part en sucette totale. Il découvre une femme sur une île, au moins aussi folle que lui, et il décide de tomber amoureux d’elle, même si amoureux ne soit pas du tout le mot approprié. Il ment à sa femme restée à Stockholm et commence à faire des allers-retours sur l’île grise et moche où vit seule son amante dans une cabane trouée.

Malheureusement, Profondeurs est une œuvre composée d’attentes et de possibilités qui ne surviennent jamais. Passé cinquante pages, le charlatan est démasqué, pourtant, il continue de hurler. Il continue de diluer son mystère et sa philosophie de comptoir à dose homéopathique, comme le poison, juste assez pour nous habituer sans nous achever. Mais bientôt le bruit du vide (qui a une forte réverbération et donc a tendance à se cumuler) devient assourdissant. J’imagine l’auteur accoudé à son bureau, le regard perdu dans son jardin sans fleurs, tirant mollement sur des ficelles qui agitent à ses pieds plusieurs pantins de bois. Les pantins ont la longue barbe du philosophe, et ils écrivent cette histoire absurde. C’est de leur faute, les fins de chapitre toutes surjouées : « Une cage, pensa-t-il. Ou un piège. Mais est-il en moi ? Ou suis-je moi-même le piège ? » Leur faute aussi, les personnages féminins parfaitement idiotes, soumises et incapables de réfléchir. Leur faute encore, de faire passer tout ça pour de la sensibilité féminine. Leur faute les niaiseries. Leur faute la répugnance du héros. Leur faute l’absence totale de dramaturgie. Leur faute enfin, les haussements des sourcils que m’ont évoqué les atrocités de l’histoire. Leur faute, de m’avoir fait croire que j’avais oublié mon cœur quelque part (au supermarché ? à la pharmacie?), alors que non, pas du tout, il se trouvait au même endroit que d’habitude.

 

 

A découvrir aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.