A l'ombre des champignons

À l’ombre des champignons

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15-20mn

Prologue

Il était habité ce gars-là, j’vous jure. Son doigt pointé sur moi, ou quelque part sur moi, il a dit :
« C’était des fleurs avant. »
J’ai dit « Quoi ? Qu’est-ce qui était des fleurs avant ? »
Mais y avait rien à en tirer – il a simplement répété – et moi, comme j’avais jamais été une fleur, j’ai pas compris davantage.
Un taré. Et on disait qu’il était habité. Il restait planté sur le même banc tous les jours tout le jour et quand vous passiez à côté de lui, vous pouviez être certain qu’il allait dire un truc insensé que vous comprendriez pas, et même un truc à vous faire pleurer si vous étiez du genre fragile. Quand on comprend rien à c’que raconte quelqu’un, en général, on fixe ses yeux pour trouver du sens. Mais avec lui, fallait pas faire ça ; ses yeux aussi étaient habités, et moi j’y regardais plus dedans ; ça foutait vraiment la trouille, j’vous jure.
Je lui ai souhaité une bonne journée, comme ça, et j’ai répété avec ma main, au cas où lui non plus comprenait pas ce que j’disais.

Dans cette histoire, y a Nina aussi. Nina qui habite au second. Nina qui lit des livres et qui a peur de sortir de chez elle. Elle a peur. Parce que.

Dans cette histoire, y a aussi la guerre. Enfin, plus précisément, dans cette histoire, y a pas la guerre, mais c’est plutôt compliqué. Je pourrais dire la paix, mais ce serait faux, y a pas la paix dans cette histoire.

Dans cette histoire, y a surtout des champignons, ouaip, un paquet de champignons. On les a étudiés en classe l’année dernière ; en gros, y a des champignons qui peuvent te tuer et d’autres pas.

En fait, y a moi, y a un gars qui est habité, y a Nina qui lit des livres, y a la guerre pas vraiment la guerre et y a cette histoire qui parle de champignons qui peuvent te tuer et d’autres pas.

 

Chapitre 1 : l’Amanite Phalloïde

C’était quelque chose comme trois heures du matin quand Nina a frappé aux carreaux de ma chambre. Elle passait toujours par les toits les corniches et les rigoles, une vraie acrobate ; moi j’en revenais pas de la chance qu’elle avait d’être encore en vie ; et ça tenait pas à autre chose, sérieusement.
Elle est pas tombée cette fois non plus, Nina qui lit des livres… sauf que la nuit elle lit pas. La nuit elle vient cogner à ma fenêtre pour me raconter des histoires.
Nina a des cheveux qui sont des ombres chinoises de dragons endormis, comme le tremblement de l’écume sur le front pâle d’une plage déserte. Lorsqu’après s’être assise Nina laisse retomber ses cheveux le long de sa nuque, c’est un silence que j’aime bien. Sa nuque est rare, dure, et lui descend jusqu’aux fesses.
Nina est au bord du lit et moi dans les coussins j’écoute ses histoires. Faut toujours qu’elle parle de champignons.
Un jour je lui ai dit comme ça, qu’elle était habitée elle aussi ; elle m’a pas répondu un truc de fleurs – elle s’est jetée sur moi. Et à me couvrir de baisers, même sur la bouche, sauf que sur la bouche ça faisait vraiment très drôle. Après ça, elle a pas arrêté chaque fois qu’elle venait de me raconter de nouvelles histoires sur les amanites phalloïdes, mais c’était même pas des amanites qu’elle parlait.
Nina et ses histoires de cul qui finissent toujours mal. Nina qui lit des livres, Nina qui raconte des histoires.
Elle était là sur mon lit et moi là dans les coussins. Les amanites phalloïdes dans sa bouche. Elle m’expliquait des mots, même des trucs qu’on pouvait pas traduire en français. Les définitions étaient dégueulasses mais comme Nina les racontait, et comme ça finissait toujours mal, ça devenait plutôt drôle ; les histoires sur les amanites, c’était celles que je préférais.
Elle plaisantait aussi sur le cinéma. Vous savez, le film La Mutante, avec la pétasse blonde qui tente de conquérir la Terre en copulant avec les hommes, Nina elle trouvait ce film à chier ; elle disait comme ça qu’en vrai, la pétasse, c’est que des éjaculations faciales qu’elle aurait reçu. Dans le cul elle pouvait se le mettre son projet de conquête. Dans le cul, répétait Nina avec grâce, des champignons dans le cul c’est pareil. Et comme on était défoncés, on riait comme des ressorts et on se faisait des bleus sur les angles des choses.
Même quand j’étais pas défoncé, vraiment, Nina qui raconte ces histoires d’amanite phalloïde, ça me pliait dans tous les sens. J’avais les os rieurs aussi, même quand j’étais pas défoncé je me tordais bizarre.
Et Nina prenait alors son air sérieux.
Là, Nina me raconte encore une histoire d’amanite phalloïde, et elle me dit le titre comme ça, A l’ombre des champignons, et déjà je suis plié comme une nouille… mais elle, elle bronche pas, bien qu’on dirait qu’elle se marre à l’intérieur parce que son visage se tire vers l’arrière comme quand on est heureux. Et elle raconte et moi je me marre, mais gentil, parce qu’elle raconte trop bien et qu’elle est Nina qui a les cheveux de Nina.
Quand ses histoires commencent à tourner court, j’ai un mal de ventre affreux, je suis tout courbatu, j’ai la mâchoire crispée mais je peux pas m’empêcher de rire encore.
Et Nina prend alors son air sérieux.
Sa morale, c’est toujours la même. Mais jamais l’histoire.
Sa morale, c’est la définition de l’amanite phalloïde.
Nina raconte des histoires de cul qui finissent mal et sa morale, toujours la même, c’est la définition de l’amanite phalloïde.
Nina s’en va par la fenêtre, et je ne lui souhaite pas bonne chance, pas besoin, elle est Nina qui raconte les histoires.

 

Chapitre II : Il était une fois

Le gars qui est habité, au cas où j’aurais pas dit, avant c’était un boulanger, du moins c’est ce qu’on raconte. On, au cas où j’aurais pas dit non plus, c’est mes parents et les autres. Mais pas tout le temps. Parfois, on, c’est Nina et moi, Nina qui raconte et moi qui écoute. Et tout ça c’est encore une histoire de champignons, de ce qui tue et de ce qui tue pas.
Le gars qui est habité, il vise large, il dit comme ça que tout tue, et que les champignons, ouais, les champignons, merde, avant c’était des fleurs.
Lui aussi c’est que des histoires de champignons qu’il me raconte. Sans blague, mon quartier est pas exceptionnel, mais Nina et le gars qui est habité, ils sont uniques, même si c’est pas sûr. Ils sont là.
Dans cette histoire où y a la guerre pas vraiment la guerre, et dans laquelle y a aussi le gars qui est habité, en fait, y a surtout des champignons.
Le gars qui est habité, que je regarde jamais dans les yeux – une autre histoire de champignons – il marche partout autour du quartier et si vous regardez ne serait-ce que ses chaussures, il vient vous raconter des histoires qui commencent jamais par il était une fois. À cause de une fois. Vous voulez juste aller acheter du pain ou de la beuh, c’que vous voulez, mais lui, si vous le croisez et que vous regardez juste le bout de ses chaussures, c’est comme s’il le sentait par télépathie ou j’sais-pas-quoi, et il vient vers vous et il commence à raconter ses histoires sur les champignons et sur la guerre qui est pas vraiment la guerre et sur le sang et sur les fleurs et sur tout un tas de trucs qui donnent vraiment pas envie de regarder juste le bout de ses putains de chaussures.
Et moi je me fais toujours piéger. C’est parce que je lis pas de livres comme Nina que j’aime bien les histoires des gens. Même s’il a des yeux qui faut pas regarder, le gars qui est habité, il vient toujours me parler pendant que j’attends le bus.
Lui aussi il finit ses histoires avec des trucs du genre définition.
Il fait froid et j’ai mis ma capuche et l’écharpe que m’a filées Nina. Les abris de bus, c’est du vent, sérieux, ça abrite mes couilles ! On croit que la ville est blanche, c’est qu’il fait froid, et si on y regarde de plus près, y a que dalle de neige. Et là y a le gars qui est habité qui vient s’asseoir à côté et moi j’écoute et lui il raconte une histoire. J’attends mon bus, c’est le 60, j’attends mon bus et j’écoute l’histoire du gars qui est habité et de pas il était une fois et de la ville qui est blanche et des champignons et de pas la neige.
Y a pas vraiment de ciel et c’est vrai que tout est blanc.
Le gars qui est habité parle de sang et de paix qui est pas vraiment la paix. Par contre, il dit que le sang, comme ça, le sang c’est vraiment du sang. Mais surtout il parle de fleurs. Il arrête pas de pointer un doigt sur vous et de lâcher comme ça : « c’était des fleurs avant ». Et là il fout vraiment les j’tons.
Quand il arrive à la fin de son discours tout siphonné, il vous sort des trucs tordus qui vous glacent le sang. Vous savez même plus si c’est du sang ou le réfrigérateur qui fait du bruit.
Il finit avec une définition sur les champignons. Et il parle de champignons et de fleurs, et vraiment, on comprend rien à c’qui dit.
Y a la ville qu’est blanche et pas de neige et l’autre taré qui vous parle de champignons.
Quand le bus 60 arrive, je dis bonjour au chauffeur ; le gars qui est habité, il continue de marcher. Et il s’écroule pas sur l’asphalte. Quel bordel de chance ! Lui qui sait pas marcher droit.
Y a les portes du bus 60 qui se ferment et moi qui sais pas si le gars qui est habité parle avec sa bouche ou ses yeux, j’écoute quoi ? moi qui le regarde plus, moi qui aie peur.

 

Chapitre III : l’Amanite

Y a Nina à ma fenêtre et moi déjà plus dans le lit mais dans les coussins.
Nina qui parle de champignons qui poussent sur les maisons, qui parle de champignons qui poussent dans les esprits. Elle parle de pipes et de fellations, de beuh et de sperme, une histoire de champignons, et déjà je me marre quand elle dit, comme ça, amanite !
Dès qu’elle dit « amanite », c’est bon, je suis cuit, défoncé ou pas, cuit.
Elle dit « amanite », et aussi « on voit des choses qui sont pas vraies ». Et chaque fois qu’elle dit un truc faut savoir que ç’a un lien avec l’autre truc qu’elle a dit avant, ou qu’elle va dire après. Ce qu’il faut savoir avec Nina, c’est pas qu’elle voit des champignons partout, c’est juste que chaque truc qu’elle dit à un lien avec un autre truc qu’elle dit. Alors elle dit la définition de l’amanite, elle dit que ça pousse dans l’esprit, et forcément on comprend. Et moi je comprends encore mieux car en général je suis défoncé et ça pousse déjà dans mon esprit.
Nina qui raconte des histoires de cul et des histoires de champignons qui poussent dans l’esprit.
Nina qui dit champignon et qui dit comme ça « tous les champignons se ressemblent ». Mais quand elle parle de tel ou tel champignon, moi je comprends qu’elle parle de tel ou tel champignon. Sauf que c’est pas ce qu’elle veut Nina, mais je comprends aussi, oui, tous les champignons sont pareils, je comprends aussi.

 

Il était quatre fois : Chapitre un

Dans cette histoire y a une autre histoire, toujours la même, et c’est le gars qui est habité qui raconte.
« C’était quelque part dans les années 20, tu vois, y a pas si longtemps que ça. Avec ma femme, on tenait une boulangerie.
“Une boulangerie, répétait-il, et il prenait sa respiration pour dire quelque chose de plus important encore : le jour où j’ai compris le truc sur les champignons, c’était ce jour-là, dans la boulangerie.”
Après il a parlé vite fait de la levure, et aussi de son histoire, comme ça, qu’avait rien à voir avec la levure.
Puis il a dit “champignon nucléaire”.
Et j’ai dit “qu’est-ce que c’est ?”
Il a dit “champignon-téléviseur”.
J’ai dit “raconte-moi l’histoire des champignons-téléviseurs.”
Il a continué : “champignon hallucinogène”.
Et j’ai dit “Nina qui lit des livres”
Il a dit “Nina ?”
Et j’ai dit “amanite phalloïde”.
Et puis :
“Arrête de m’interrompre, tu veux.”
Il a poursuivi :
“C’était en fin de journée, quand la caisse est bien remplie ; c’est d’ailleurs pour ça qu’on avait acheté une petite caisse avec ma femme. Donc ouais, en fin de journée, la caisse était bien remplie. ‘C’est là que le gars est entré et qu’il a braqué sur moi un vieil Anaconda, un truc franchement dégueulasse ; ce genre de métal, tu vois, ça te cloue direct au sapin même si on te tire dans le petit orteil.
‘Ma femme, un peu con et tout, elle avait fait poser un système d’alarme, un truc vachement performant, j’ai jamais compris comment ça marchait.
‘Et ça s’est mis à sonner tout seul.
‘Le gars avec son Anaconda, il a paniqué, et il en voulait plus du tout à ma caisse après ça. Il a rapproché son arme jusqu’à sentir ma sueur au bout de son canon et je l’ai entendu me gueuler plein de trucs et les ressorts et le son du métal qui tremble qui vibre qui résonne dans ma tête.
‘Il m’a pas frappé ni rien, mais quand j’ai commencé à me pisser dans les frocs, il a sauté par-dessus le comptoir et je lui ai montré un truc du doigt, parce que je comprenais enfin.
‘L’alarme s’est arrêtée quand il a appuyé ici, derrière le calendrier… (il disait ça en désignant une rigole, il était habité ce gars)… du soir, mais il savait même plus pourquoi il était là. Il avait perdu la mémoire, j’suis sûr, parce que le seul truc qu’il comprenait c’était l’Anaconda qu’il avait dans la main, et il le comprenait parce que lorsqu’il perdait la mémoire, c’était ça qu’il avait dans la main. Juste ça tu vois. Enfin, j’sais pas, mais c’est possible.
‘C’qui est sûr, c’est qu’on suait tous les deux. Y avait moi qui avais peur de quelque chose et lui qui avait peur d’autre chose.’
J’ai dit ‘les champignons ?’
Je comprenais pas pourquoi il en avait pas encore parlé.
‘Il a continué de me braquer son Anaconda sous le nez et moi j’ai continué de flipper. Il me parlait pas, il faisait des gestes, assis-toi, tais-toi, il me parlait pas car ç’avait pas marché la première fois. Il voyait qu’on se comprenait pas. Alors j’ai rien dit non plus et je me suis assis.
‘Au bout de vingt minutes, y avait toujours pas les flics, personne, et ma femme qu’était pas rentrée de son putain de rendez-vous. Tant mieux.
‘Sauf que le gars il s’est toujours pas mis à bouger ni à cesser de transpirer ni rien.
‘Il me braquait et je chiais dans mon froc ; j’sais pas ce qu’il voulait, mais vu sa gueule, il chiait dans le sien aussi.’
J’ai dit :
‘Comment ça s’est terminé ?’
Il a dit : ‘J’sais pas encore.’
J’ai dit ‘champignons’.
Il a fait ouais avec le visage.

 

Champignon V : le Bolet Satan

Y a moi qui aie peur et qui veux plus sortir de chez moi. Moi qui écoute des histoires et moi qui donne mon sang pour cette histoire de guerre pas vraiment la guerre.
Y a aussi mon grand-père avec son histoire de guerre qu’est vraiment la guerre, mais celle-là elle fait ni rire ni foutre les j’tons et je me demande pourquoi il la nomme ainsi.
Il commence avec il était une fois et avec des bruits et des odeurs de métal. Et moi je dis comme ça ‘champignon’.
Le voilà qui fronce les sourcils parce qu’il faut pas l’interrompre et moi je sens bien que je viens de dire une connerie. Et c’est vrai ; en général, mon grand-père y parle pas de champignon. Il parle de la guerre qui est la guerre et y a moi, pas dans les coussins, pas peur.
Avec du sang et des entrailles et du métal, je pense forcément champignon, mais je dis rien, car c’est pas ça.
Il a des poils sur le nez, j’vous jure, et juste et seulement dessus, et il a fait la guerre. Il porte toujours ses médailles parce que lui il est plutôt du genre à raconter ses histoires de gaga un peu partout où il est. Il a la tchatche facile, alors il porte ses médailles, et elles sont plutôt pas mal, j’veux dire, pour des médailles, elles sont plutôt pas mal. Moi j’ai fait un peu de sport quand j’étais jeune, plus jeune que maintenant en tout cas, et j’en ai gagné un paquet de médailles, du genre bien plus que mon grand-père, mais elles sont vraiment merdiques comparées aux siennes, et même pour raconter des histoires de champignons, ça me viendrait pas à l’idée de porter des merdes pareilles. C’est sans doute que j’ai pas encore reçu de médailles pour la guerre qui est pas vraiment la guerre.
Là y a mon grand-père qui finit son histoire et moi je peux pas m’empêcher de conclure comme ça, par la définition du Bolet Satan, je dis comme ça qu’on peut le manger mais qui vaut mieux pas, que c’est pas un champignon, d’accord papy, c’est pas un champignon, c’est sûr.

 

Épilogue

Tous ces champignons, fallait attendre qu’ils pourrissent pour fermenter quelque chose. Et nous on était juste en plein dans la moisissure.
‘C’était des fleurs avant.’
Mon champignon c’était Nina et le gars qui est habité.

Puis le champignon, c’est peut-être que du champignon après tout. Et après tout, y a jamais eu de fleurs ici…
Les hommes, c’était des fleurs avant.
Avant qu’ils ne soient hommes ?
Ah.

Ensuite Nina est devenue Nina qui raconte plus d’histoires, c’est-à-dire Nina qui est morte sous la peau des cimetières. Et le gars qui est habité, il est devenu le gars qui raconte plus d’histoires, en fait le gars qui est mort sous la peau des cimetières.
Alors moi, après avoir compris le truc sur les fleurs et les champignons, j’ai aussi raconté cette histoire que vous venez de lire.

C’était avant, je crois : Nina dit, et elle est belle quand ses cheveux la couvrent d’un voile, elle est belle quand elle fane et se ride et se courbe et ne raconte plus d’histoires, et se courbe et s’assoit dans un lit de sapin, se fane et se ride de velours, histoire où il n’y a pas de fleurs, elle dit comme ça Nina, Nina qui lit des livres, elle dit :

‘Raconte de belles histoires.’

Y a moi qui lis des livres et qui raconte des histoires, surtout celles sur la guerre qui est pas la guerre et sur la paix qui mange le sang et sur la ville blanche sur la ville calme, l’histoire de pas la neige et l’histoire de pas il était une fois.
Y a moi dans le lit, moi qui lit des livres et qui raconte des histoires, et y a vous dans les coussins.

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