cropped-17157770032_a130c51b59_k.jpg

Apolline

Je ne sais pas n’est pas une réponse.
Aurélien déchire un petit morceau de la couverture de son cahier bleu, le roule en tube, le presse et le tourne entre ses doigts puis soudain l’écrase. Recommence. Encore et encore.
J’ignore s’il m’observe en disant cela. Je ne vois en réalité que sa lèvre inférieure, la cigarette qui y bouge parfois et imite les bruits de l’âme, un perroquet au bord de sa cage. Lorsqu’il ne reste plus aucun papier, ses doigts tombent le long de son corps, et désespérément s’y accrochent.

Alice est assise sur le canapé. Elle ne dit rien, mais parfois sa main apparaît dans le cadre où nous regardons tous, en direction du sol, du cendrier. Elle tape sa cigarette. Puis sa main regagne les niveaux supérieurs, où il nous est permis de respirer. Façon de parler.

Dehors le vent souffle fort, et parfois un bruit attire mon attention, un pot de fleurs qui tombe, la branche d’un arbre qui casse ou une canette de soda qui dévale la rue, mais ni Aurélien ni Alice ne semblent jamais y prêter attention.
Je me demande s’il est possible que nous restions comme ça pour l’éternité, dans cette position, cet endroit, ce silence. Peut-être.
D’énormes gouttes s’écrasent sur les carreaux de la fenêtre, elles tapent, elles veulent entrer, elles réclament de l’aide ou quelque chose. Mais ici la température est constante, tout est constant, les accroches sont partout et la chute impossible, alors personne n’ira ouvrir.

C’était ta meilleure amie.
J’ignore si la phrase vient d’être prononcée – et alors par qui ? – ou si c’est encore celle des policiers ou celle des parents ou celle des professeurs.
Et ensuite :
Je ne sais pas n’est pas une réponse.
Mais ils ont torts.
C’est exactement la réponse.

Fragment suivant

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.