cropped-17157770032_a130c51b59_k.jpg

Vincent

Je prends en notes tout ce que dit la jeune femme.
La couverture du carnet est usé, pourtant je le débute à peine. Le temps de tourner la première page, mon écriture jure encore avec celle d’Apolline, si douce et paisible, mais ça ne dure pas longtemps.
(Le carnet je l’ai volé ; mais c’est pas que j’estime qu’il me revient. Je l’ai volé sans le vouloir. Vraiment.)
Le jeune femme raconte des trucs inutiles, comme par exemple ce que mangeait son fils tous les matins, et moi pour lui faire plaisir, je note absolument tout. Je m’éloigne du sujet mais tant pis, je ne sais même plus pourquoi je suis ici. Elle dit qu’elle se levait tous les matins à six heures. Se douchait. Se maquillait. S’habillait. Préparait le petit-déjeuner, de la brioche, du lait, du chocolat, et à six heures quarante-cinq pétante réveillait son fils. Elle sourit quand j’écris tout ça. Elle dit qu’ensuite, elle le conduisait en voiture jusqu’à l’arrêt de bus. Elle l’embrassait parfois, mais la plupart du temps ne l’embrassait pas. Elle dit qu’il faisait toujours nuit, sauf peut-être au début de l’été, mais que c’était même pas sûr. Toujours nuit, elle répète.
Les meubles ont un aspect étrange. Ils semblent tous excessivement lourds.
La jeune femme ne dit plus rien.
Dehors sur un fil, du linge blanc dégouline.
Je pense très fort à
S’allonger nue sous la pluie et vivre et peut-être mourir.
Ou juste je pense trop fort à la pluie.

Je suis seule maintenant sur une île-naufrage.
Je suis un mammouth sur une île-naufrage.
Je dois partir. Je cours vers la sortie.
Pardon.
La porte et la serrure ne font aucun bruit. Je passe à travers. (Ce n’est pas de mon fait, la porte et la serrure ne feront plus jamais aucun bruit, et tout y passe à travers désormais.)

Fragment suivant

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.