cropped-17157770032_a130c51b59_k.jpg

…/sommeil/apochromatique/un

Je dors peut-être quatorze, quinze heures par nuit, même si en réalité je ne dors pas vraiment, je crois que je reste bloquée dans le premier stade du sommeil, le moment où tout se mélange et où tout frappe de tout vent, la confrontation de l’intérieur et de l’extérieur, et l’équilibre est intenable. Mes jambes menacent sans cesse de lâcher, et souvent elles se crispent et éructent un spasme qui me réveille en sursaut, le temps de m’accrocher à quelque chose, vite.

Mais lorsque je ne suis pas encore sur le fil, je m’invente des histoires.
J’imagine être l’amour secret de Pierre – oui, les vivants et les morts s’enlacent autant que les muets et les absents. Je ne sais pas à quoi il ressemble, alors je le fais de la forme et du teint de Kirill, les traits tracés par quelques gestes vifs, au caillou et à l’aquarelle. Aussitôt après je le nomme Kirill.
L’histoire n’a pas de fin, la fin est une sorte de big bang et personne ne peut l’imaginer, même moi, avec toute l’expérience que j’aie.
La fin, c’est moi contre le torse de Kirill.
Il dit que je sens bon. Il dit que je devrais arrêter de me laver.
Ensuite je serre trop fort les oreillers et ils se mettent à pleurer comme des baudruches. Lorsque je fais l’amour avec Kirill, ça se termine toujours comme ça, je le serre trop fort et il explose.

Fragment suivant

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.