sur les falaises de marbre illustration

Sur les falaises de marbre • Ernst Jünger

Titre original : Auf den Marmorklippen
Éditeur original : Hanseatische Verlagsanstalt, Hambourg, 1939
Traduction française : Gallimard, 1943
Traduit par Henri Thomas

sur les falaises de marbre

L’histoire se situe au bord de la mer, en des terres paisibles verdies par les pâturages, dans un grand ermitage où le narrateur et son frère coulent des jours paisibles, entre lectures à la bibliothèque et contemplation de la nature. Pourtant, perchés en cet havre de paix, ils constatent chaque jour davantage la montée du Grand Forestier, figure en chef de la barbarie, et son avancée dévastatrice à travers le pays. Dès lors tenteront-ils de se défendre de cette invasion.

Conte allégorique dénonçant le nazisme selon certains, récit symbolique sur l’universelle barbarie selon d’autres, Sur les falaises de marbre fait parti de ces classiques froids et rigoureux qui nous impressionnent deux lignes et nous ennuient cent-cinquante pages. Mais cette froideur, cette rigueur, devons-nous en tenir compte, lorsqu’elles ne sont peut-être que d’habiles figures représentatives de la barbarie elle-même ? Soyons indulgents. Il est toujours possible de surinterpréter pour rattraper le coup !

Vous connaissez tous cette intraitable mélancolie qui s’empare de nous au souvenir des temps heureux. Ils se sont enfuis sans retour : quelque chose de plus impitoyable que l’espace nous tient éloignés d’eux. Et les images de la vie, en ce lointain reflet qu’elles nous laissent, se font plus attirantes encore. Nous pensons à elles comme au corps d’un amour défunt qui repose au creux de la tombe, et désormais nous hante, splendeur plus haute et plus pure, pareil à quelque mirage devant quoi nous frissonnons. Et sans nous lasser, dans nos rêves enfiévrés de désir, nous reprenons la quête tâtonnante, explorant de ce passé chaque détail, chaque pli. Et le sentiment nous vient alors que nous n’avons pas eu notre pleine mesure de vie et d’amour, mais ce que nous laissâmes échapper, nul repentir ne peut nous le rendre. Ô puissions-nous, d’un tel sentiment, tirer une leçon dont nous nous souviendrons à chaque instant de notre joie ! Plus doux encore est le souvenir des années que nous versa le ciel, si ce fut une soudaine épouvante qui les termina. Nous comprenons quel bonheur c’est déjà pour nous autres hommes, que de vivre au fil des jours en nos petites sociétés, sous un toit paisible, parmi les bonnes conversation, salués d’un bonjour te d’un bonsoir également tendres. Hélas, nous reconnaissons toujours trop tard que la fortune qui nous donnait ces choses nous ouvrait déjà ses trésors.

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