Adieu à ce qui vient • Pierre Cendors

Éditions Finitude, 2011

Mise en page 1C’est un très beau livre que voici, très beau en tant qu’objet, couverture et dos élégants, papier doux et épais à caresser, format ni trop grand ni trop poche. Mais au-delà de cet aspect purement matériel, entre ses pages délicates, ce roman nous promet Venise, la Sérénissime ! Combien de diamants s’illuminent alors dans mes yeux ! Je trépigne déjà à l’idée d’arpenter les ruelles étroites et les somptueux palaces. Ainsi donc lavons-nous les mains et ouvrons ce livre au plus vite !

De mes doigts immaculés, je tourne la première page.
Un étranger fait son entrée dans Venise, Innocenzo, dit Inno, et décharge sa gondole de lourdes malles croisées de fer. Seuls témoins de cette scène, le savant Ricorni, qui attarde son regard sur le jeune et beau visage de ce nouveau venu, et la courtisane Fulvia, qui lui préfère ses malles et les richesses qu’elles semblent contenir.
Inno s’installe dans son Palazzo : « Ce sera donc ici. Le rendez-vous que j’espère avec celle que j’attends aura ce palais flottant comme capitale. » Et pour la dénicher, comme passant toute la ville au tamis jusqu’à l’apparition de la pierre précieuse, le riche et mystérieux Inno organise fête sur fête en son palais. Les visages se dédoublent, se couvrent de masques, et bientôt, jaloux de ces fêtes qu’on loue à travers toute la ville et où chacun rêve d’être invité, le savant Ricorni fomente un plan avec la courtisane Fulvia afin de ridiculiser Inno. S’en suivra une incessante rivalité faite de ruses plus folles et sordides les unes que les autres.

« – Dis moi, Guido, pourquoi l’homme est-il encore pensionnaire de la douleur ?
Le valet regarda son maître, regarda par la fenêtre et répondit :
– Parce qu’il a vu Venise et n’est pas devenu ce qu’il voyait. »

Au cœur de cette Venise intemporelle, sous les traits d’un conte à l’écriture délicate et poétique, bien que parfois au goût un peu poussiéreux – c’est qu’il est difficile de nettoyer les lustres dans ces grands palais aux si hauts plafonds – et même un peu pâteuse en bouche, tel un énième toast de caviar après une semaine de jeûne au champagne, Pierre Cendors revisite le mythe de Psyché, jeune fille d’une beauté si parfaite qu’elle attisa la jalousie d’Aphrodite qui ordonna à Éros de la rendre amoureuse de l’homme le plus méprisable qui soit, mais qui tomba lui-même sous es charmes en se blessant avec l’une de ses flèches. Les sinistres jeux de masques vénitiens rappellent ainsi l’arrivée de Psyché en un fastueux palais que des serviteurs invisibles lui disent être le sien, et où son époux (Éros), caché par l’obscurité de la chambre, lui demande de ne jamais chercher à connaître son identité.
Un style tendre et précieux pour une histoire sombre et vaguement niaise. Bref, difficile de détester ou de s’ennuyer, mais difficile aussi d’apprécier complètement ce roman. Il aura néanmoins la vertu de susciter la curiosité de se pencher sur d’autres œuvres de cet auteur sans doute né un siècle trop tard.

« La véritable solitude, murmura alors Inno, son regard sondant l’obscurité par la croisée, n’est pas de ne pas vivre ses rêves, mais de n’en posséder aucun. Il hocha doucement la tête : il n’est pire solitude que de les vivre tous, sans conserver le mystère d’un seul, à jamais inaccessible. S’il n’est plus une étoile au ciel, comment nous orienterons-nous dans la nuit ? »

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