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#65 – Canna ou la nouvelle Cendrillon

Tu invites les morts
d’un geste ancestral
dans la plus grande salle de ton palais

L’orchestre de ta chair connaît tous les sons
tu le laisses jouer seul

Et les morts dansent et palabrent
dans un brouhaha qui t’apparaît plus simple
que le chant d’un oiseau perçant la matière inavouable du silence de l’aube
l’entre-bruit

Mais bientôt la foule veut embrasser plus grand
s’enflammer des lueurs de l’âme mille fois percée des villes

Elle t’entraîne dans sa liesse et alors tu partages de tous
les doigts et les yeux
tu deviens
tout hors de toi
le spectre géant
à l’acuité tentaculaire
tu deviens
la flûte du ciel
tu deviens
le fleuve de la terre
tu deviens la rosée et les pluies de poissons
tu deviens
le souvenir du mouvement du couteau sur les totems à têtes animales
tu deviens
plus souple que le vent
plus souple que le feu et plus souple que l’eau

Mais gare au crépuscule
qui s’abat telle une épée de feu noir
la nuit est indomptable
et au fond du puits où tu l’as laissé
ton corps est resté identique
bête et fragile
tes yeux en ont été détachés
mais ces deux planètes sans orbites sans étoile sans paupières
si tu ne rentres avant la nuit
ne seront bientôt plus que des terres à la dérive

Défends-toi de t’oublier plus encore
tout à côté de ton corps
l’être aimé voudrait t’éveiller

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