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Nuit de l’hyperborée

J’ai recopié trois fois ton visage sur le visage bleu de la mort. C’était l’hiver et l’hiver a dit, secouant sa tête d’arbre vide, non non non, trois fois non, je ne veux pas de ça, et tu as disparu comme une mauvaise fréquence sur la radio.
Les yeux de l’hiver étaient des brouillons, des cercles de l’enfer, des nids d’oiseaux. Au creux de ses branches germaient des fractales du futur et des fractales de la mort. L’hiver s’ouvrait et tu n’y étais pas car blanc tu n’étais plus. Non. Pas même blanc.
Tu étais preuve de la mort avant la mort. Je le sais. Je te pleurais déjà avant de tracer les lignes de ton présent. Tu es mort avant l’intention que je te fasse vivre, et j’ai honte d’être géographe de l’enfer. Et encore… pourquoi te dérobes-tu aux yeux que j’ignore ? Ta silhouette est-elle plus impertinente que la bave du soleil ?
Il est trop tard. Je te mens comme un dieu. Je te sourie. Je te montre la paume de ma main et elle dit, regarde le soleil qui s’y reflète, et ta main imite mon geste et rien ne se produit. Ta main ne ressemble qu’à ta main. Tu n’es ni dieu ni humain ni même pierre. Tu n’es ni dedans ni dehors. Les hommes te visitent pour ta malédiction, pour l’hiver qui ne veut plus de toi, pour la protection que tu laisseras bientôt derrière toi. Ils veulent les restes des anges qui se tiennent à tes flancs et soufflent sur ta peau qui se froidit. Les anges ne savent pas vivre seuls. Les anges n’ont pas de nom. Les fleurs bientôt repousseront, et toi, l’hiver t’interdira le repos du froid. Tu ne connaîtras plus le réveil, tu ne verras plus le reflet, tu ne seras ni dedans ni dehors.

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à la mémoire de Jérémie Bauer (1983-2017)

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