bourgeon

Âpnée / fragment 34

4ème cahier : Juliette n’avait pas peur

Je crois qu’elle est morte, dit une voix, elle est toute raide et sèche, comme une mouche au bord d’la fenêtre.
Posez-la ici, s’il vous plaît.

[…]

Elle maigrit, maigrit au rythme des ombres qui s’épaississent et se joignent à elle, et ses habits glissent le long de son corps comme des pierres de météores tombées du ciel. Ils fument du changement d’atmosphère. Ils ont déjà l’air fossiles.
Elle marche jusqu’à ne plus voir les lumières des villes, plus rien entendre, plus rien croiser que les choses muettes.
Lorsqu’elle atteint le cœur de la forêt, le lit est là, comme prévu, dans un bosquet bien ratissé, un lit et une table de chevet lustrée. On a nettoyé et jeté tout ce qui traînait, bouteilles, cannettes, mégots, seringues, préservatifs, on a lavé les draps en y mettant de l’assouplissant, on a tassé l’oreiller dans les quatre sens et on a attendu son arrivée.
Juliette est là maintenant. Elle s’allonge, oiseau blessé, et s’endort presque aussitôt.

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(Photographie de Fool-Artistic)

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