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Âpnée / fragment 50

C’était le jour de la mort initiale. Tu me fis boire l’eau du puits où tu t’étais noyée, mais alors que tu l’espérais, je n’eus aucune vision et ne pus rien te conter des jours d’avant. Pourtant je sentis me traverser la houle des rivages noirs, eau lourde d’un sel de pierres obscures, pierres de cave et de voûtes englouties. J’étais alors agenouillée dans l’herbe humide et toujours rien ne m’apparaissait, mais je sentais en moi l’eau respirer telle une matière noire et impalpable, comme sans doute est l’air pour les créatures sous-marines. Je m’étouffais sans mourir, car seule m’étouffait la peur. Tu me demandais, vois-tu ? Et je répondais non, je ne vois rien, mais je ressens, et mon souffle était lourd comme une averse d’été, et les mots se muèrent en un immense boa de jais qui repoussa autour de nous les hautes et denses herbes. Je m’allongeai dans leur sillage, et je parlai encore, mon corps sans l’asphyxie, c’était le jour de la mort initiale, il n’y avait rien à voir, et à mon flanc tu t’allongeas aussi.

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