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Âpnée / fragment 51

La fenêtre de l’âme est fermée. Je suis au chaud, dans la maison douillette, petite vieille sereine. Sereine, en langage épuisé, cela signifie que je n’ai plus peur de la mort. Cela signifie que je suis, déjà, un peu, sous la peau, la mort.
Je tricote le passé. Je prépare mes petits ornements, ossements modestes et un peu ridicules, bijoux cracras et sans goût, du genre que je ramassais par terre lorsque j’étais enfant. Tout cela je l’entasse au bord du cercueil : la dernière cabane est longue à construire.
Sereine, en langage épuisé, cela signifie que je suis épuisée. Le soleil m’a dispersée dans mille chambres, mais je ne brille nulle part. Ma mémoire est immense, ma mémoire est un désert aux grains tous semblables. Ils contiennent une part de soleil, mais étalés ainsi aux pieds du monde, ils ne sont rien, comme les flaques – empreintes de tristes géants – ne se transforment sous l’orage en rien d’autre qu’en tas de boue. Pas en lac, ni rien. Pas en océan.
Hier encore, j’étais si souple et si légère que tous les vents me transportaient. Je me pliais à tous leurs caprices. Je m’ouvrais aux pollens et moi-même j’étais graine.
Je ne suis que fragment. Déchirure de la conscience.
Mais en une nuit je suis devenue, tel le souffle de l’encre dans l’eau, une mémoire qui voudrait respirer mais se noie, et ne se mélange plus.

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