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Âpnée / fragment 60

Je ne t’éviterai plus, je n’aurai plus peur de ce que tu n’es pas, je marcherai d’un pas tranquille vers toi et te saluerai et tu me salueras, une bise, deux bises, et je n’aurai pas peur de ce que ne sont pas tes lèvres, je te parlerai et tu me parleras, les fleurs, le ciel, la drogue, et je n’aurai pas peur de ce que n’est pas le silence, je te laisserai me toucher, tu me laisseras t’effleurer et je ne tremblerai presque pas, je laisserai mon cœur au fond de moi, seul se gonfler et s’épuiser, se courber, se fendre et hurler et je n’entendrai rien, il sera loin de moi, seul et sombre et je laisserai sur lui toutes les tumeurs pousser, autant qu’il le désire, et je n’aurai pas peur de ce que n’est pas la mort, il sera libre de hurler et tu pourras bien l’entendre ou ne pas l’entendre, je n’en aurai juste rien à foutre, je te dirai adieu ou à la prochaine fois, tu me diras adieu ou à la prochaine fois, je rentrerai chez moi, et toi, je ne sais pas…
Sur tous les murs alors, du salon à la chambre, des toilettes à la salle de bain, je lirai à haute voix, pour mon cœur à moitié crevé, je lirai tous les mémos que nous avions laissés, le jour pour la nuit, je lirai à mon cœur les milles douceurs que tu n’es pas, les milles lumières et les milles horizons, je lirai les milles gouffres qui nous séparent et les milles mots qui sont mes préférés et que tu ne connais pas, je lirai les milles couleurs que tu confonds, comme le rouge que tu appelles jaune ou le bleu que tu appelles noir, et mon cœur me suppliera de cesser, et mon cœur me promettra de ne plus jamais t’aimer si j’arrête, mais pitié que j’arrête maintenant, mais je continuerai, je lirai tous les mémos laissés sur les murs et je laisserai mon cœur s’étouffer avec chacun d’entre eux.
Enfin, j’irai dormir, aussi creuse que la vallée que nul n’habite, aussi vide que le ciel que nul ne voit, et sous ce ciel, j’habiterai.

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