CIément / fragment 37

Il y a trois corbeaux dans les friches du champ ; c’est un champ que je laisse à l’abandon ; pour l’instant
il mesure un hectare et il est exactement de forme carré. Au milieu se trouve une petite cabane à outils, exactement au milieu

Aujourd’hui, lorsque je me suis approchée, les trois corbeaux ont tourné leur tête vers moi ; c’était la fin de l’été, quelque chose d’étrange brillait dans leurs yeux et j’ai fait demi-tour
il ne faisait aucun doute qu’ils m’auraient mise en lambeaux si je m’étais approchée davantage

Cette nuit, j’ai rêvé des trois corbeaux, qui étaient en réalité un cerbère et la cabane à outils un passage protégé vers un lieu souterrain ; pas nécessairement l’enfer ; ni même un endroit sordide ou effrayant ;
dans mon rêve, je ne parvenais pas à atteindre la cabane : le cerbère se réveillait, me prenait en chasse et me rattrapait, mais je m’y étais déjà rendue par le passé, et je me rappelais donc de certains détails :
un escalier de planches en bois ciré
du lambris sur les murs
un éclairage jaune et chaud mais sans aucune source de lumière
aucun plafond ; l’obscurité la plus épaisse des rêves
puis une voix lancinante qui se tressait autour des pieds comme du chien-dent et vous collait au parquet et rendait chacun de vos pas si longs à effectuer qu’il vous semblait parcourir des milliers de kilomètres
et enfin, un battement de cœur très puissant qui se mettait à pulser dans les sols et les murs et serrait tant à la gorge qu’on en imitait peu à peu le souffle

Lorsque je me suis approchée aujourd’hui, les corbeaux ont tourné leur tête vers moi et leurs yeux étaient aussi rouges et orange que la veille

J’ai fait le même rêve les deux nuits suivantes
et les deux jours suivants, lorsque je me suis approchée du champ, les corbeaux ont tourné leur tête vers moi et j’ai su que l’été mourait à grands feux mais n’étaient pas encore mort
cependant je remarquais pour la première fois, ça et là de l’étendue désertique du champ, des remous de vapeur flottant à la surface et désignant l’emplacement de sources de chaleur souterraine
je reculais hors de la zone protégée ; il me fallait revenir la nuit ; le cerbère en personne serait sûrement là.

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