CIément / fragment 52

Le carnet traîne sur le bar américain de la cuisine. C’est un carnet à spirale de la marque Muji. Dos et couverture noire. L’étiquette de prix, placée sur le verso, est recouverte de kanjis et les seules inscriptions lisibles sont le chiffre 231 – qui est sans doute le prix en yens, ainsi que l’adresse internet de la marque Muji.
Quelqu’un a écrit sur la couverture, en lettres blanches et rondes d’écolière :

Cahier des rêves
(en bas à droite)
J’ouvre le carnet à la première page qui s’accroche à mes doigts, la page la plus épaisse ou la page la plus lourde – mes mains sont deux tamis qui laissent filer le petit sable. Je tombe sur la dernière page écrite.

27/09/2018
(les précisions exprimées entre parenthèses sont des suppositions, pour ne pas dire des statistiques, pour ne pas dire des calculs)
Lors d’une sorte de voyage scolaire, je me rapproche de (Sel) .
(Dans le carnet le prénom est différent, mais il s’agit en réalité de la même personne ; pour plus de clarté, je l’ai donc remplacé.
Il est à préciser que la scène se passe lors d’une soirée de ce voyage scolaire).
Elle se déshabille pour me montrer les parties de son corps. D’abord ses fesses, disant « prends-moi », mais pour autre chose. Je lui caresse brièvement les fesses, en fait je les empoigne, et frôle sa chatte.
(Julien hésite. Il sait que Sel dit « prends-moi » en tendant un objet dont il ne se souvient plus la forme et dont il se saisit malgré tout, mais devant ce pantalon baissé et ces fesses nues, le message ne lui paraît pas évident. Ainsi près avoir empoigné les fesses de Sel et frôlé sa sexe, il s’excuse à demi-mot. Sel sourit comme une cruche pour essayer de paraître aussi cruche que Julien.)
Ensuite, elle ouvre très vite son chemisier pour me montrer ses seins. Quelqu’un d’autre regarde.
(La personne se trouve derrière Sel).
Alors je me jette sur ses seins pour les cacher. Je lèche un téton. Ma tête y est engouffrée. Je serre ses seins avec mes mains, pour les cacher, pour les serrer contre moi.
(Il s’agit de la dernière page du carnet.
Julien a peut-être écrit ça dans la nuit.
Je n’ai rien entendu… Aucun bruit…
Nous sommes le 27 septembre 2018, date du rêve.
Peut-être Julien avait-il déjà écrit ce rêve et attendait simplement que j’y appose mes notes en bas de page…

Ou peut-être s’agit-il d’un carnet écrit par un Julien insomniaque,

Ou peut-être encore s’agit-il du carnet de quelqu’un qui rêve de Julien,
et qui, me laissant écrire, en toute amitié, mes notes en bas de page,
rêve peut-être également de moi ?

Je remets le carnet en place et avec mon smartphone photographie sa position exacte sur le bar américain.

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