Âpnée / fragment 85

Ce matin encore, comme chaque matin, je voudrais te dire je t’aime. Je voudrais te dire il pleut il fait froid, restons au lit, regardons Les animaux de la 8, buvons de l’eau et racontons-nous des histoires.

Nous arrivons au marché un peu tard et il nous faut courir au fromager avant qu’il ne ferme boutique.
De retour à la maison, nous mangeons des tartines de chèvre et de miel et une salade fourre-tout picorée au jardin : des pissenlits, des fleurs de capucine, de la mâche et de la sauge.
Après manger, nous partons dans la montagne avec nos chiens. Nous nous arrêtons au pré des vaches, ou nous nous arrêtons à la maison du berger, ou nous nous arrêtons au lac aveugle, puis nous nous allongeons dans l’herbe et je te fais la lecture, ou selon le jour ou l’envie, c’est toi qui me fais la lecture. En redescendant, nous ramassons quelques champignons (mais je n’aime pas les champignons, et peut-être que toi non plus après tout ; peux-tu me dire dans les commentaires si tu aimes les champignons ? Si tu aimes ça, nous ramassons des cèpes, et en rentrant je les fais poêler avec un peu d’ail et de persil).
Ton atelier se trouve au fond du jardin derrière le micocoulier. C’est une ancienne serre dont nous avons refait le toit. Parfois, depuis la fenêtre de mon bureau, je t’observe lorsque tu tannes le cuir ou forges le fer, j’écris des histoires sur toi. Par exemple j’écris ceci : nous habitons toi et moi et nos chiens au bord de l’océan. Tous les matins nous restons au lit. À midi, nous courons au marché pour acheter du poisson et nous le faisons frire avec un fourre-tout d’herbes picorées au jardin. Ensuite nous partons à la plage faire des trous géants dans le sable. Sur le chemin du retour, nous ramassons des oursins et des couteaux (de mon côté, je n’ai jamais goûté, mais peux-tu me dire dans les commentaires si tu aimes ? ).
Ton atelier se trouve au fond du jardin derrière les bougainvillées. C’est un ancien phare dont la lampe ne marchait plus et que nous avons réparée. Parfois, depuis la fenêtre de mon bureau, je t’observe lorsque tu peins l’horizon, et j’écris des histoires sur toi.
Je t’aime je t’aime je ne sais plus comment le dire je t’aime je t’aime et je suis heureuse lorsqu’une image exacte de toi apparaît dans mon esprit je t’aime je t’aime et je m’en fiche d’écrire n’importe quoi tant que je suis un peu avec toi je t’aime je t’aime je t’aime je t’aime je t’aime et je ne suis pas fatiguée d’écrire des histoires sur toi mais je suis un peu fatiguée d’écrire des histoires sur toi je t’aime je t’aime je t’aime et n’oublie pas de répondre pour les champignons les oursins et les couteaux.

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