CIément / fragment 57

Je m’endors sur le canapé et me réveille sur le carrelage. Une porte s’est ouverte et c’est Margot qui apparaît dans le couloir. Elle sort de la chambre d’amies et j’avoue être un peu déçue, j’espérais vraiment que Julien ait installé ses quartiers dans la salle de bain, quitte à ne plus me brosser les dents pour les jours à venir. Lorsque je découvre que Margot est nue, je fais semblant de dormir. J’ai de longs cils qui me permettent en toute circonstance de faire semblant de dormir. Par exemple, au jeu du Loup-garou, je suis une excellente petite fille.
(Mais il faut avouer ici que mes cils sont faux : lorsque je n’étais encore qu’un bébé, ma grand-mère les coupa aux ciseaux durant mon sommeil afin d’en stimuler la croissance, et ils poussèrent ainsi jusqu’à paraître vrais, jusqu’à faire croire à quiconque que je dormais lorsque je faisais semblant de dormir.)
(Aujourd’hui ils tombent, et il n’y aura bientôt plus de garde-fous pour veiller sur le château la nuit.)
Margot marche jusqu’au fond du couloir, ouvre la porte des toilettes et s’assoit pour faire pipi. Je l’observe avec attention. J’observe les lumières et les ombres exécuter des figures très précises sur son corps exact. Comme en concours de gymnastique, les figures semblent des figures imposées, mais lorsque genoux, bras et têtes se relâchent et ensemble se tressent, je vois le corps éteint dans sa beauté définitive, et je déglutis en silence.
Ensuite Margot retourne dans la chambre d’amies. J’ouvre les yeux. J’attends quelques minutes puis je vais me brosser les dents.

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