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Âpnée / fragment 52

5ème cahier

un voisn a tapé contre lemur alors que j’écoutais twinsistermoon et j’ai eu envie de sortir lui jeter des caikloux à la gueule parce que c’était un putain de jour d’enterrement et que jrbvddxbwcv

j’ai pas voulu faire un millier de choses, par exemple, avoir du courage, avoir de ‘la mbition, avoir…  j’ai pa svoulu fair eun millier de chosezs, mais taper dsu el clvaier très fort, écouter de la musique et entendre dans ma te^te ma voix qui hurle à tes oreilles, comme hURLE TWINSISTERMOON, et croir eque tu vas m’écouter
– ah, il existe unmonde sans miroir ni rflet, et ce monde est –
mon, âme est teinte

Inktober 2017 tout en calligraphies

inktober

1/31 – Swift
Rapide.
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2/31 – Divided
Divisé. Deux alphabets différents et un mandala divisé en deux et dont chaque moitié est l’opposée de l’autre. Ayant commencé l’inktober avec quelques jours de retard, ce mandala est très simplifié ; il me fallait faire vite pour me mettre à jour. IMG_4412

3/31 – PoisonIMG_4411

4/31 – Underwater
Sous l’eau. Celui-ci est un peu de la triche. Il s’agit en réalité d’une autre version que celle proposée lors de l’inktober, que je trouvais absolument affreuse. La première version consistait en un traçage de lettres uniquement à l’eau, puis en un remplissage effectué en jetant aléatoirement des gouttes d’encre qui se répandaient dans l’eau et rendaient visibles les lettres jusque là invisibles. En théorie, c’est vachement chouette, et sur le moment je me suis bien amusé, mais le résultat… beuaaaaark ! IMG_4410

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Âpnée / fragment 36

Estuaire du ciel où sont libérés les poissons lumineux
Éclate sur la montagne sèche
Éclate mon crâne qu’il se déverse de tout et de rien
Et fais pleuvoir où je meurs tes cuisses d’azur
L’écorce de ta perle entrouverte comme l’aube

Arrache à ma mémoire la position sacrée des cinq sens
Ouvre la veine-océan dans son ordre d’écriture
Et laisse jusqu’aux caves se répandre le sang
Vider tout ce qui n’est pas le Jour

La chambre secrète des anges est
Cuir tremblant au contact ancien à l’écho
Voilé des voyelles du nom

J’ai les paupières à la peau de ton ventre plus fin que la nuit
L’étoile du monde me tord et retord

Je veux renaître en toi

Fragment suivant

La fontaine

Alors que je n’étais que roche dure
carbone de larmes
terre sèche
sans eau et sans viande
et ciel tranchant
où se divisent les oiseaux
et se tranchent les ailes
et voué à rester
plus dur qu’un sentier
émietté par la traversée infernale des sabots de fer
ta main est passée
d’une caresse
plus innocente qu’une vague
plus douce que l’eau des fontaines indiennes
sur mon visage futur
et je suis ce que j’étais
et ne suis plus ce que j’allais devenir

Tu as
au creux de tes mains
et dans les plis de tes baisers
emprisonné la mort
et je suis retourné
au liquide immortel
fragile
invisible et lourd
où meurent et naissent les étoiles

(Photographie de Fool-Artistic)

Fin du cycle – #0

Je m’étais lancé le défi d’écrire un poème par semaine pendant une année, et finalement, j’ai un peu débordé, j’ai tenu 72 semaines consécutives. Aujourd’hui, je ressens le besoin de faire une pause, ou plutôt de reprendre le temps, de peser les mots. Je ne veux pas bâcler pour le plaisir de produire. J’ai réussi mon défi et je dois cesser de tirer sur la corde.

Je continuerai à poster des poèmes, mais ils seront plus rares. Je veux me consacrer un peu plus à l’écriture de nouvelles ainsi qu’à un futur projet de roman. Parallèlement, je tente aussi de pousser un peu plus loin mes créations musicales à travers mon projet Bisou de l’enfant sauvage.

Quoiqu’il en soit, je ferai en sorte, dans la limite du possible, de poster au moins un texte par semaine sur mon blog.

Il est à noter également que j’ai retiré mon roman Clément du blog, car il part aujourd’hui faire sa tournée des maisons d’édition, dans l’espoir d’être publié. Je prends très volontiers tous les merdes et les doigts croisés !

Merci à celles et ceux qui m’ont lu, m’ont soutenu et continueront de le faire 🙂

 

 

Je cacherai

Tirez-moi les joues et voyez, ô voyez tout ce que vous ignorez, le sot-l’y-laisse si l’en est, bâtards de sots ! Vous ne les tirez plus de peur de les garder entre vos doigts, mais les joues ne bougent pas, messieurs et grands-mères, rien ne bouge et claquez des doigts, le swing est là, là dans vos doigts. Retournez à la piste. Vous ne savez pas danser. La musique est toujours au rythme de la claque de vos doigts. Bâtards de sots, retournez à la piste, vous ne savez pas danser.

Tu portes ton peignoir de sang, de chair et de sauce, aux deux petites poches toujours sales qui connaissent l’humiliation du ventre et de la bête gavée qu’on expose.

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#72 – Éclats de bulles

L’éclat. Le vomi. Le dessin à la bière. Je trace, autour des palpitations de mon corps, ta silhouette quand je dors ivre, elle frôle mon plus profond sommeil, battements de la mort, pulsations d’au-delà, et malgré moi, je vomis des misères ancestrales, des lucidités en Rorschach. Éclats géographiques d’une planète forcée. Sperme tendre où je flotte comme sur les draps de la mer morte. Et ton nom, fut-il doux ? tant il me brûle le ventre de le prononcer. Je n’ai vécu qu’entre tes lèvres, et nous n’avons jamais parlé la même langue. Je n’étais que mort à retardement, évidemment, mais l’ignorais, capturé, étreint, et tu poussais sur mes joues un souffle de vie, je l’ignorais, j’ignorais tout. Aujourd’hui j’appuie partout pour respirer. J’appuie et rien ne vient.

#70 – Ce qui affaisse nos corps et tire nos peaux

Il est des jours où le passé semble plus lourd que d’autres, plus lourd car il s’enfonce toujours dans la terre meuble, plus lourd car plus immobile. Ses gestes ne débordent plus, ne voyagent plus de mes mains à vos mains.
Comment faire travailler les muscles d’un malade dans un lit d’hôpital, lorsque le moindre mouvement est un déchirement de soi-même ? Nous ne sommes pas, dans le temps, extensibles. La mort nous fige où nous sommes, et ce que nous pouvons arracher à ce cadavre n’est que mensonge.
Immobilisme, répétition, et voilà, il a respiré tout l’air de son monde. Son souffle est maintenant si léger que les moineaux s’y posent, et enfin, dans son lit, il te regarde à peine.

Nuit de l’hyperborée

J’ai recopié trois fois ton visage sur le visage bleu de la mort. C’était l’hiver et l’hiver a dit, secouant sa tête d’arbre vide, non non non, trois fois non, je ne veux pas de ça, et tu as disparu comme une mauvaise fréquence sur la radio.
Les yeux de l’hiver étaient des brouillons, des cercles de l’enfer, des nids d’oiseaux. Au creux de ses branches germaient des fractales du futur et des fractales de la mort. L’hiver s’ouvrait et tu n’y étais pas car blanc tu n’étais plus. Non. Pas même blanc.
Tu étais preuve de la mort avant la mort. Je le sais. Je te pleurais déjà avant de tracer les lignes de ton présent. Tu es mort avant l’intention que je te fasse vivre, et j’ai honte d’être géographe de l’enfer. Et encore… pourquoi te dérobes-tu aux yeux que j’ignore ? Ta silhouette est-elle plus impertinente que la bave du soleil ?
Il est trop tard. Je te mens comme un dieu. Je te sourie. Je te montre la paume de ma main et elle dit, regarde le soleil qui s’y reflète, et ta main imite mon geste et rien ne se produit. Ta main ne ressemble qu’à ta main. Tu n’es ni dieu ni humain ni même pierre. Tu n’es ni dedans ni dehors. Les hommes te visitent pour ta malédiction, pour l’hiver qui ne veut plus de toi, pour la protection que tu laisseras bientôt derrière toi. Ils veulent les restes des anges qui se tiennent à tes flancs et soufflent sur ta peau qui se froidit. Les anges ne savent pas vivre seuls. Les anges n’ont pas de nom. Les fleurs bientôt repousseront, et toi, l’hiver t’interdira le repos du froid. Tu ne connaîtras plus le réveil, tu ne verras plus le reflet, tu ne seras ni dedans ni dehors.

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à la mémoire de Jérémie Bauer (1983-2017)

#69 – Graal

le vin s’accrochait à mes lèvres
et un fragment du crépuscule
sur le verre
bourgeonnait
je le sentis, retenir le sang
qui ruisselle à son habitude jusqu’aux plaines

l’horloge était ivre
nous étions suspendus
au long rire du cristal
d’où résonnaient tous nos gestes
tous nos souffles
nous étions les vents qui tombent
dans les cathédrales
et s’endorment

le jour était à l’apothéose
de sa combustion
les éclats du soleil s’étaient figés
dans le ventre des vitraux
où s’épanouissait un monde sans jour et sans nuit
car le jour et la nuit y étaient
partout
réunis

la nuée de tes lèvres
planait vers le couchant
sans jamais disparaître
entre les ombres blanches que soulevaient la lune

tu volais sans rien plier de l’horizon
et je caressais du bout des doigts
l’empreinte rouge fleur
la morsure d’un ciel en plein élan
plus légère et profonde qu’un baiser
que tu m’offres quand je dors

et je dors
ivre du sang qui retombe
entre l’élan et l’envol

j’ignore la nuit
me réveille au crépuscule
et bois
à la coupe du souvenir de tes lèvres

Rouge / chapitre 7

Il était sept heures du matin d’un jour sans fin. Il n’avait pas de rideaux, le soleil, et cela faisait près de dix minutes que les habitants de la résidence Rouge étaient debout. Il n’y avait pas de règles, et pourtant, tous les jours à la même heure, chacun était debout. Le soleil aurait voulu dormir plus longtemps, mais ça frappait à sa fenêtre. Ils faisaient du bruit les petits vieux. Et le soleil se résolut à se lever.
Il était sept heures d’un jour sans fin. Monsieur O. déjeunait avec son fils ; ça lui avait jamais coûté si peu cher de nourrir deux personnes. L’un mangeait, l’autre le regardait en silence. Ils écoutaient ensemble le bâillement du jour qui s’étire. Comme chaque matin à cette heure, Mademoiselle K. vérifiait que le compte y était. Vingt et un et mille francs. Elle restait persuadée que le cours du franc finirait par monter. C’était assez logique, en somme, l’État n’en produisait plus. Ça ne pouvait que monter. Son fils travaillait au guichet d’une banque. Il lui avait un jour expliqué comment fonctionnait la bourse. Elle était peut-être un peu con, Mademoiselle K., mais elle avait de la mémoire, et, à son âge, c’était un joli exploit que de réussir encore à calculer des liens de causalité. Parce que bon, à trop vieillir, même les plus intelligents finissaient cons. L’affaissement hiérarchique.
Elle n’avait plus de dents depuis longtemps et son dentier, c’était celui de son mari. Quand elle le portait, ça la rajeunissait un peu – les mongoliens ont tous l’air d’avoir le même âge – ça lui faisait aussi une tête bancale. De face ou de profil on s’écarquillait les yeux sur les deux rangées de dents quasi plus larges que le visage et qui riaient autour de Mademoiselle K. comme un crâne aurait bouffé une pomme sans la digérer. On s’était à force imaginé que le coup de la mâchoire inférieure en avant, ça servait à récolter la pluie dans les pays les plus arides, avant qu’il n’y ait des puits (et avant qu’on ne construise une fontaine dans la cour intérieure). Ça tendait forcément à se confirmer en ce lieu aride.
Il était sept heures d’un jour sans fin et Monsieur le Curé lavait son slip beige au savon. Son surnom, les autres résidents l’avaient trouvé pour lui. Ils étaient pleins de subtilité, et Monsieur le Curé, tout moche comme un pou et qui n’avait jamais été marié, ils avaient tous conclu qu’il était encore vierge.
Tandis que Monsieur le Curé faisait sécher son unique slip au sèche-cheveux, dans l’appartement à côté, un cri retentit… C’était comme si l’alarme du premier mercredi du mois servait aujourd’hui à quelque chose. Non ! Monsieur le Curé n’aurait pas dû entendre un cri. Il ne le voulait pas. Sa voisine, Madame I., à sept heures, elle écoutait Carmen. Et c’était pas Carmen, et c’était pas de la musique…
Un long cri qui s’est arrêté net !
Crissant, la journée dérapa toute seule du disque.
Monsieur O. renversa son bol de lait sur son haut de laine. Il devrait donc le faire laver. Il devrait prendre une douche plus tôt que prévu. Et ça sentait pas bon toute cette histoire. Parce que le changement, dans cette résidence, y avait pas pire pour tout foutre en miettes. Mademoiselle K. s’arrêta de lécher ses billets. Elle perdit le compte. Dut recommencer. Elle serait donc en retard de cinq minutes sur son emploi du temps. Non, c’était vraiment pas bon cette histoire. Ces cinq minutes de retard, il lui en faudrait des efforts pour les récupérer. Elle devrait faire une croix sur quelque chose. Elle ne savait pas quoi encore. Mais ça la fichait dans de beaux draps. Monsieur le Curé, lui, il avait dû enfiler son slip tout trempe. Il s’était rué dans le couloir, avait frappé à la porte de Madame I. et maintenant il redoutait quelque chose d’autre, un rhume, une grippe des testicules, n’importe quoi de redoutable. Avec tous ces cancers qui rôdaient, il était pas très rassuré.
La porte était ouverte. Dans le salon, il reconnut Pervenche, la petite folle du bout de palier. Elle, à sept heures du matin, elle marchait dans les couloirs de la résidence avec son petit carnet. Elle penchait son nez dans l’embrasure des portes pour deviner ce que ses voisins avaient mangé la veille. Mais elle avait un odorat de tympan crevé. Sur la page du mardi, on pouvait lire : chocolat avec poulet et choux, yaourt à la menthe, café arabe… Aujourd’hui, elle aussi ne finirait pas ce qu’elle avait commencé. Et, pour sûr, ça allait mettre un sacré bordel dans la Résidence. Il était sept heures d’un jour sans fin et la corde d’Absolution, le solitaire du premier étage, elle venait tout juste de rompre. Il avait trop mangé la veille Absolution. C’était toujours la même chose. Il ne tenait pas à quitter ce monde le ventre vide, un réflexe d’ancien légionnaire.

#68 – Fouille, exhumation, terre retournée

je veux parler des autres fleurs
des autres vents
des autres landes où nous sommes inconnus

je veux parler du premier envol des oies sauvages
et de ces paradis gravés au cœur
dès l’aube de la vie

je veux parler des jours avant le silence
et des jours avant le bruit
des jours avant l’asile
et des jours avant la nuit
du souffle qui se tenait contre ton souffle
de la parole innée
du cri de la naissance
du mot secret

mais voilà
j’ai trop plié
face contre face
la feuille talisman
et je suis
au premier jour de joie
mille fois superposé

tous les chemins sont perdus dans les plis

#67 – Le vent de la nuit

Ce matin encore, je reste ici, au bord de la vie, d’où je peux voir sans être touché, en ce lieu étrange telle une pierre précieuse, tout à la fois dur et léger, tout à la fois étroit et infini, bâti de miroirs que l’on peut traverser. Ton nom est celui d’une étoile où l’on vit seul : sommeil, et l’on dit que même en toi la mort est douce. Oh l’on dit, il est mort pendant son sommeil, quelle chance, voilà bien la plus douce des morts.
Je reste ici, auprès des êtres fragiles que le moindre bruit effrite. Pour ne pas les voir disparaître, là où la nuit les retient lorsque je disparais, je déplace sans faiblir un cierge sur chacun de leurs visages. Les mille faces de la pierre (pierre-cage et pierre-horizon) les font paraître, d’un passage de la flamme à l’autre, métamorphes.
Je suis au centre, et donc invisible, j’ai oublié ce qu’était la matière, et voilà pourquoi je connais la paix. Même alors que je tends les bras devant moi, mes bras ne m’apparaissent pas. Le geste est seul.

#66 – Le vent du jour

Le vent ne cesse de souffler. Dispersion des cendres. Dispersion des graines. Dispersion du silence. On n’entend plus le moteur des voitures, le beugle des hommes, le tonnerre traînant des avions. Le vent fait diversion. Il terrorise la mort une dernière fois, et tout ce qui est bruit et mouvement, tout ce qui interdit au silence de s’approcher plus près de nos cœurs, c’est lui. Lui qui interdit que se figent les gouffres. Nous sommes des nuages dans son souffle, et naviguons au gré de ses raisons, avec le ciel sous nos pieds, ses gouffres et ses océans infinis qui se finissent pourtant.
Mais demain, le vent s’endormira, et le poids du ciel sera jusque dans nos pieds. Il nous faudra danser alors, de toutes les manières possibles danser, danser et que le souffle de nos corps soit immense. Qu’il taise le silence et chasse les gouffres.