Archives de catégorie : Âpnée (cahier)

Âpnée / fragment 28

3ème cahier : Crève sale fleur

terrible odeur du matin pas d’odeur nettoyage de tout l’intérieur pour le bon nettoyage de moi en cage moi de l’intérieur massacre perpétuel
mort de la statue ses écailles œils du ciel mort du ciel et destruction de tous les piliers toutes les vertèbres toutes les actions tous les états
naissance du cadavre originel hurlements et entrailles de sa flûte ouroboros étouffance mystique bisou de Notre-Dame-des-semblants

Fragment suivant

Âpnée / fragment 18

Je prendrai Compostelle comme les mécréants au cœur sans guide. J’aurai pour vivre mes deux pieds et l’espoir de la mer verte au bout du chemin. Pour m’habiller, uniquement les plumes de mon rang dans les cheveux, plume de guerrière sans victoire, plume de chasseuse au ventre vide.

Sur le parchemin.

Et le ciel voûté des platanes, pour mieux réduire le monde.

Je suis dans le tube.

Fragment suivant

Âpnée / fragment 16

La plupart des gens se battraient pour obtenir d’être aimé, mais pas moi. Mon combat est imperceptible, mes mouvements exagérément longs.
Tant qu’il n’y a pas de combat, je n’ai rien perdu. Mon royaume est imaginaire, mais au moins a-t-il le mérite d’exister. Car si je combats et perds la bataille, je n’aurai plus rien. Je ne sais pas tenir debout toute seule. Ce sera terminé.

Fragment suivant

Âpnée / fragment 15

J’ai couru dansé écorchée sur la pierre des quais et le fleuve seul m’a vue et le fleuve m’a dit, je boirais tes genoux jusqu’à la dernière prière.
J’ai dansé et les vagues par trois m’ont serrée et je n’ai plus eu froid.
J’évitais d’être morte. Je disais mon nom, mon nom est humain, monsieur garçon, madame fille, mon nom est une fleur de goudron. J’offrais des chardons à toutes les grâces, des chardons volés à l’endroit où nous faisions la terre, des chardons azotés miraculés cachés dans la ville-iceberg des rats.
Elles l’acceptaient…

Fragment suivant

Âpnée / fragment 14

Il y a ton corps qui sert de voile à l’ensemble du bateau, tendue bandée ta nuque, dans la furie tes longs cheveux et ta poitrine éclatée de soûleil – y brillent les embruns des quatre océans, comme des perles façonnées par les grains de vents.

Je suis née acouphène. Seule mais dotée du cri perçant des baleines. Les tremblements sont partout, pour les cœurs à la peau fine. Pourtant seuls les miens me reviennent.

La nausée de tes voyages, la nausée de tes bras trop longs qui m’emportent trop loin et la nausée des matins perdus au bout du monde, sous des feuilles et des draps qui ont perdu ton odeur.

Éclats et glas et gla.

Fragment suivant

Âpnée / fragment 12

2ème cahier : Survivante

Les arbres trempent leurs branches dans le ciel, mais les fleurs ne sont pas leur chef-d’œuvre, les fleurs sont leur parole.
Mes doigts trempent partout, à la recherche des couleurs, car mon nom est aussi mystérieux que les noms donnés aux étoiles trop lointaines pour être vues à l’œil nu, les étoiles seules, des corps vaguement identifiés par les mille mètres tube d’un télescope, ou bien encore les étoiles hypothétiques, telle Némésis compagne obscure du soleil : existe maintenant ! ordonne la voix, existe car je te devine.

Quelque part dans les cavernes de mon étoile se trouve aussi une bête ignoble, ma jumelle démente, nourrie de roches neptuniennes et d’autres rêveries interstellaires. Elle m’a pourchassée tout l’hiver (de notre révolution autour de la déesse), mais elle a échoué. Elle dort maintenant au cœur de l’étoile. Je suis ici pour la tuer.

Fragment suivant

Âpnée / fragment 11

Bisou durant mon sommeil, au bord de l’œil, l’infime percée du jour dans la nuit.
Bisou sous l’oreiller pour quand je le retourne, en sueur de ton absence, bisou tout frais.

Je rembourre les murs, les trous dans les murs, d’autant de futurs que nécessaires.
Je m’éclaire d’une bougie par jour de retard.

Nous te construisons une cathédrale, et tu l’ignores ?
Ton arrogance divine, ton innocence, ta saleté d’omnipotence que beaucoup nomment absence, à vomir ! à vomir ! tout ceci nous a fait créer tes sœurs démones, viles voleuses d’âmes. Nous avions trop bu, mais trop tard. Maintenant que leurs statues sont là, des membres du culte leur vouent une haine – soyons honnête – rafraîchissante.
Nous avons alors décrété que la journée du samedi était désormais dédiée à la détestation de tout ce que tu es. Cela nous apaise grandement : le soir nous mangeons comme quatre et dormons comme personne.
Aucun regret. Le principe même du culte est de se débarrasser du culte ; par en haut ou en bas, qu’importe.
Tu n’es pas la finalité, sale déesse ! Tu es le point central de l’explosion originelle. Et nous sommes les débris dans l’espace frigorifique.
Quelque chose viendra bien nous tuer avant toi.

Fragment suivant

Âpnée / fragment 10

Ce matin, j’ai dit que ma chambre était une de ses bicoques de bois qu’on voit au pied du mont Fuji sur de vieilles estampes japonaises.
J’ai dit que chaque membre du culte devait accomplir au moins une fois par jour l’ascension de la montagne sacrée, afin de déposer au sommet une et une seule fleur des champs, en échange de quoi la déesse donnerait un et un seul caillou afin d’aider à la construction de nos temples sans toucher au ventre de la montagne sacrée.
Ensuite le téléphone a sonné et c’était le roi des loups qui gueulait et m’annonçait que j’étais dans la merde jusqu’au cou. J’ai essayé de me souvenir qui était le roi des loups, mais sans succès.

Fragment suivant

Âpnée / fragment 9

Au déjeuner, j’ai dit que faire la vaisselle me vaudrait ton amour éternel. Alors j’ai fait la vaisselle.
Je me suis attribuée un bon point. J’ai allumé un cierge et j’ai baptisé le pain, baptisé le jambon, baptisé l’eau et nous avons mangé tous ensemble autour de la grande table du culte dans des assiettes propres.
J’ai débarrassé et je me suis attribuée un autre bon point et j’ai décrété que deux bons points cumulés donnaient le droit à chaque membre du culte de se resservir du dessert, en l’occurrence du fromage blanc baptisé avec un peu de sucre baptisé lui aussi.

Fragment suivant