Archives de catégorie : Âpnée (cahier)

Âpnée / fragment 3

Elle porte des vêtements toujours défaits, un costume d’homme orgueilleux et détaché, mais ses bras et ses jambes s’y tordent comme dans une camisole, un pyjama de singe.
Prestance en bouts de bois.
Ancienne cabane et ses voiles. Forêt de mâts, cimetière des tentatives.

Elle marche de flaque en flaque, éclabousse tout. Me danse autour…

Je perds mes mots. Plus je t’écris, plus la richesse de mon vocabulaire se réduit lentement à ton nom.
Je continue la destruction de la langue.
À la fin, quelque chose peut-être se produira…

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Âpnée / fragment 2

Déstructuration matinale.

Lorsque tu me regardes, lorsque tu me parles, lorsque nous sommes les seules à savoir, rares moments d’existence. Les nymphes de ces insectes qui ne vivent qu’un instant, pleurent-elles le jour qui tarde à poindre ?

Un rêve passe parfois au milieu. Quelques microsecondes. Ta main dans la mienne, filet à papillons, courir les continents.

Mon lit à peine humide aquarelle. Des couleurs pâles entre deux mondes, entre blanc et cramoisie d’Alizarine.

Impossible d’écrire une histoire. Construire un truc qui tient debout. Même un mur, impossible. Rien pour me protéger. Le vent du pays grand me déchire à chaque souffle.

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Âpnée / fragment 1

1er cahier : Le pays grand

J’ai fait le pays grand, pour y tout prévoir, les mauvaises herbes et les nuages, les crues, les tempêtes et les oiseaux migratoires, et tant pis. Maintenant le pays est beaucoup trop grand mais tant pis.

Il s’étend de rien, parfois taillé d’un seul bloc qu’un même vent traverse et fait trembler partout à la fois. Ses frontières n’ont ni tour ni garde, rien que des rivières aux lits tourmentés, des montagnes acquises au charme de la nuit. Pourtant les rêves y ont confiance, et moi aussi.

Nous t’attendons. Sans la peur, sans l’espoir, sans le courage, sans rien, nous t’attendons.

Cela résonne comme sous terre.

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