L’été 2018, je passai trois jours en Savoie avec des ami.e.s. Je fumai et bus énormément, et le dernier soir, nous nous allongeâmes dans l’herbe sous les étoiles. Je me blottis entre C. et S. et je pleurai comme il m’arrive parfois de pleurer, sans raison ou pour tout un tas de raisons, offrant à chaque étoile filante mes vœux à C. et à S.

Le lendemain, il nous fallait tous rentrer. Je fis un petit détour en voiture pour prolonger le temps et déposer S. à Lyon. Ensuite, je me retrouvai seul.e. Je parcourus ainsi les heures restantes, la tête pleine d’images mais le corps seul, le corps nullement blotti, le corps lâché dans le vide dans l’air dans les précipices, alors il me fallait retrouver C. et S. au plus vite. Ils me manquaient terriblement. Ainsi je décidai d’écrire ce roman, un pur plagiat de la vie. C’était mieux que l’absence et le rien. Clément et Sel étaient de retour, s’accrochaient à moi et je m’accrochais à eux.

Lorsqu’ils me manquent, j’écris.

Ce roman est présenté ici sous sa forme brute et originelle, non-corrigé et non-relu. J’espère que vous y trouverez quelques beautés immaculées.

 

TABLE

 

Prologue
Chapitre 1

 

(roman en cours d’écriture)

Note 1

Le roman qui suit n’est ni une fan-fiction, ni un pastiche, ni un hommage. Reprenant assez précisément la structure, les événements, les idées, et parfois plusieurs paragraphes entiers du roman intitulé Clément et publié par fragments sur le forum des Jeunes Écrivains du 20 novembre 2014 au 21 novembre 2016 (?), il faudrait à mon humble avis classer ce texte dans la catégorie « plagiat », si celle-ci existait…
à bon entendeur.

A propos des droits d’auteur

Je tiens à préciser qu’avant d’entreprendre mon projet, j’ai tenté à de nombreuses reprises et par divers moyens de joindre l’auteur de l’œuvre plagiée, Monsieur Julien, alias Pandémonium, mais toutes mes tentatives sont restées lettres mortes.
En outre, renonçant à vendre ce texte dans un avenir proche – je le dépose ici comme dans une décharge, vous le trouvez entre deux rats morts lors d’une balade le dimanche – aucune plainte déposée à mon encontre ne sera retenue par aucun tribunal, donc il est inutile d’essayer.

A propos des personnages

Maya se prénomme désormais Neige, et que cela ne soit pas un prénom est tragiquement volontaire, car Neige (Maya) n’apparaît à aucun moment dans cette histoire. En outre, à plus ou moins long terme (peut-être dans le chapitre 4, qui devrait correspondre à l’hiver), ce prénom redevient un nom commun sans majuscule.

Charlie est encore magicienne et danse-clodos. Elle porte le même nom mais sa peau est un peu différente, des zébrures blanches la parcourent et je crois que ce sont des nuages.

Anaïs a été recyclée et une partie de son corps a permis à de nombreux clodos de survivre à la démocratie. Ce qu’il reste d’elle erre encore ça et là, sous diverses formes, essentiellement composées de plastique de pétrole.

Clément n’a pas changé de nom, en revanche, sa triple face a effectué une rotation à 120° sur la gauche. Problème : les ombres n’ont pas suivi, et Clément porte maintenant sur chacun de ses trois visages une ombre qui n’est plus la sienne, mais celle de 120° dans le temps-arrière. Je et il ne savent plus qu’iel aimons.

Marianne est un nouveau personnage issu de la scission d’Anaïs dans l’espace béni – ce qui concrètement ressemble à une bouteille de vodka qui se fracasse sur le trottoir en blessant tous les équilibristes suivants. Marianne est tout l’inverse d’Anaïs. Ou plus exactement, Marianne est la part d’eau d’Anaïs.

Chloé se prénomme désormais Nana. Elle travaille deux étages plus haut que dans le roman plagié. Elle ignore encore qu’à l’ombre de son ventre, mille enfants tètent.

Alexandre vogue toujours entre ciel et terre et change régulièrement de physiques. Voici une liste non exhaustive de ses apparitions les plus remarquables :
– l’oranger du Mexique / non-mentionné / en arrière-plan lors de l’enterrement de Jean-Croque-Chat / post 25
– la huppe cendrée / non-mentionnée / en arrière-plan lors de l’escapade entre Sel et moi / post 29
– le bonsaï de gingko biloba en style sokan (double-tronc) / non-mentionné / sur la table de la terrasse, lors de la soirée « cannibale et totem » avec Clément et Charlie / post 68

Jean-Croque-Chat conserve son nom jusqu’au chapitre 2, qui est le chapitre où quelqu’un doit mourir. Après quoi il se prénomme Pierre.

Enfin, j’ai décidé de donner un prénom à l’enfant sauvage, cette étrange personnage, voire semi-personnage, qui apparaît sans raison au milieu de l’œuvre plagiée et se confond régulièrement avec les autres protagonistes féminins. Ainsi se prénomme-t-elle Sel, comme l’ingrédient de cuisine qu’on jette sur les plaies pour les nettoyer.

Quant à moi, c’est Juliette. En quelques rares occasions, les personnages prononcent mon nom, par exemple Clément, aux posts 45 et 60, ou encore moi-même, aux posts 17, 63 et 125, à cause d’une tragique erreur de clavier, mais vous ne le lirez guère plus souvent. Inutile de vous y habituer.

Fragment suivant

CIément / fragment 52

Le carnet traîne sur le bar américain de la cuisine. C’est un carnet à spirale de la marque Muji. Dos et couverture noire. L’étiquette de prix, placée sur le verso, est recouverte de kanjis et les seules inscriptions lisibles sont le chiffre 231 – qui est sans doute le prix en yens, ainsi que l’adresse internet de la marque Muji.
Quelqu’un a écrit sur la couverture, en lettres blanches et rondes d’écolière :

Cahier des rêves
(en bas à droite)
J’ouvre le carnet à la première page qui s’accroche à mes doigts, la page la plus épaisse ou la page la plus lourde – mes mains sont deux tamis qui laissent filer le petit sable. Je tombe sur la dernière page écrite.

27/09/2018
(les précisions exprimées entre parenthèses sont des suppositions, pour ne pas dire des statistiques, pour ne pas dire des calculs)
Lors d’une sorte de voyage scolaire, je me rapproche de (Sel) .
(Dans le carnet le prénom est différent, mais il s’agit en réalité de la même personne ; pour plus de clarté, je l’ai donc remplacé.
Il est à préciser que la scène se passe lors d’une soirée de ce voyage scolaire).
Elle se déshabille pour me montrer les parties de son corps. D’abord ses fesses, disant « prends-moi », mais pour autre chose. Je lui caresse brièvement les fesses, en fait je les empoigne, et frôle sa chatte.
(Julien hésite. Il sait que Sel dit « prends-moi » en tendant un objet dont il ne se souvient plus la forme et dont il se saisit malgré tout, mais devant ce pantalon baissé et ces fesses nues, le message ne lui paraît pas évident. Ainsi près avoir empoigné les fesses de Sel et frôlé sa sexe, il s’excuse à demi-mot. Sel sourit comme une cruche pour essayer de paraître aussi cruche que Julien.)
Ensuite, elle ouvre très vite son chemisier pour me montrer ses seins. Quelqu’un d’autre regarde.
(La personne se trouve derrière Sel).
Alors je me jette sur ses seins pour les cacher. Je lèche un téton. Ma tête y est engouffrée. Je serre ses seins avec mes mains, pour les cacher, pour les serrer contre moi.
(Il s’agit de la dernière page du carnet.
Julien a peut-être écrit ça dans la nuit.
Je n’ai rien entendu… Aucun bruit…
Nous sommes le 27 septembre 2018, date du rêve.
Peut-être Julien avait-il déjà écrit ce rêve et attendait simplement que j’y appose mes notes en bas de page…

Ou peut-être s’agit-il d’un carnet écrit par un Julien insomniaque,

Ou peut-être encore s’agit-il du carnet de quelqu’un qui rêve de Julien,
et qui, me laissant écrire, en toute amitié, mes notes en bas de page,
rêve peut-être également de moi ?

Je remets le carnet en place et avec mon smartphone photographie sa position exacte sur le bar américain.

CIément / fragment 51

Je me lève le lendemain matin aux alentours de onze heures. Toutes les portes du couloir sont fermées, le salon est vide, la cuisine et la buanderie aussi, le jardin désert. Julien dort probablement derrière une des portes fermées, mais j’ignore laquelle, il y en a quatre, et ce n’est pas dans ma mentalité d’aller déranger les gens en plein sommeil.
En attendant son réveil – est-il seulement encore là ? – je m’enferme dans ma chambre pour accomplir mes prières matinales.

La vidéo s’intitule Very Young Tiny Webcam Girl ass finger et diffuse l’image d’une jeune femme blonde, les cheveux en dreadlocks lui tombant jusqu’aux seins. Elle porte un tatouage de feuille d’olivier sur l’épaule droite et une sorte de montre connectée au poignet du même bras. Sur ses hanches sont repliées sa tunique et sa culotte et dans sa sexe un sextoy connecté envoie des vibrations à chaque fois qu’un voyeur lui envoie un pourboire : alors une petite clochette retentit et parfois la jeune femme y répond par un petit gloussement. Elle est agenouillée sur une chaise de bureau et remercie régulièrement les internautes ou parfois écrit sur son clavier d’ordinateur. Au bout de 5mn, elle s’équipe de lunettes de vue à monture noire et remonte une partie de sa tunique sur ses seins. Elle passe les quinze minutes suivantes à s’enfoncer le majeur dans les fesses, ou le majeur et l’index dans les fesses, et enfin, un plug anal couleur argent dans les fesses. Sur le mur face à nous/moi, une tapisserie mandala me fait penser aux plumes d’un paon.

CIément / fragment 50

Il s’est assis dans le canapé. Il a roulé une cigarette et lorsque je lui ai dit qu’il ne pourrait pas fumer dedans, il m’a demandé un cendrier. Il a allumé la cigarette et a dit que ça ne le dérangeait pas de fumer dedans mais qu’il préférait éviter de faire tomber les cendres sur le carrelage, bien qu’il savait parfaitement s’accommoder et que ça non plus, ça ne le dérangeait pas. À côté de lui était posé son manteau-baluchon rempli à ras bord de mouchoirs, et nombre d’entre eux s’étaient déjà répandus un peu partout dans la pièce. J’attendais impatiemment le début de la conversation, du pourquoi était-il là, mais chaque fois qu’il commençait une phrase, Julien réclamait quelque chose à boire, ou Julien me demandait pourquoi il n’y avait aucun meuble, ou Julien s’intéressait à une plante quelconque dans le jardin, ou Julien me demandait si l’hiver avait été froid et s’il y avait eu des moustiques et des coccinelles en été, ou Julien proposait de me rouler une cigarette, ou Julien me disait qu’il fallait que je trinque avec lui, ou Julien me parlait du calendrier de l’Amour Exact qu’il avait créé, ou Julien me questionnait sur mon propre calendrier de Sel, et lorsque Julien me demanda dans quelle pièce il pouvait dormir parce qu’il commençait à être fatigué, je lui répondis seulement le salon, la salle de bain ou le dressing, comme tu veux.

CIément / fragment 49

Je suis assise sur ma chaise de bureau, un opinel à la main, et du bout du pouce j’inspecte la lame émoussée.
On m’a offert pour mon dernier anniversaire une pierre à tailler. J’ignore comment elle s’utilise, mais j’essaye d’affûter le couteau.
La peau humaine est plus dure que du marbre, et je me dis que l’on pourrait enterrer le marbre sous la peau, ça ne serait pas si lourd et les poumons ne seraient pas plus à l’étroit qu’ils ne le sont contre le cœur. Nous sentirions parfois en nous frémir le marbre froid et peser le marbre lourd, comme nous sentons parfois frémir le cœur fragile et peser le cœur gonflé. Mais nous saurions qu’à l’intérieur du marbre ne se trouve rien d’autre que du marbre ; cela nous ferait oublier le mensonge de la douleur.
Cinq minutes plus tard, la lame semble aussi fine que le dernier rayon de jour avant la nuit éternelle. Mais…
La peau humaine, si fragile quand elle frôle des orties ou des ronces, résiste à peu près à tous les objets humains, mais si par un quelconque acharnement ils parviennent à la transpercer, alors la douleur est immonde : droite et propre.
En comparaison, la blessure de la rose que l’on croyait sans épine n’est que douceur. Elle nous taille au hasard d’un chemin et, quelques secondes plus tard, car les yeux n’ont encore rien vu, la douleur seulement apparaît, plus légère que le battement de cœur d’un torse posé sur mon torse. Je voudrais que l’épine de la rose que l’on croyait sans épine écrive pour moi, à ma place sur ce marbre nerveux. Je désire seulement, trois ou quatre jours, me souvenir de ce moment en une caresse sur mon bras barbelé. Passer la douleur vive, passer le dernier éclat de lumière qui se perd dans la chair.
Je ne fais rien. Des gribouillis. Je me lève, couloir éteint. Une seule lumière me suffit, car la lumière reste longtemps accrochée à mon front lorsque je m’en écarte. Elle s’évapore par l’ombre tel un lac asséché, et il ne reste dans ses derniers instants que deux petites mares rayonnantes sur mes tempes. Ce n’est pas ce que je vois bien sûr, c’est ce que je ressens ; j’aime me donner des pouvoirs spéciaux. En réalité, la maison est à moitié vide et il est impossible de se cogner à quoi que ce soit.
Dans le salon, je m’approche de la baie vitrée et de sa vue détestable sur la rue. Les mouchoirs sont encore éparpillés ça et là, et rien, pas même une brise légère, ne semble les avoir remué. Les volets des voisins sont fermés, peut-être qu’ils guettent à leur tour derrière leur haie, mais je ne compte pas sortir ni ramasser ce merdier, ni maintenant ni jamais.
Je fais des ronds de fumée avec ma nouvelle cigarette lorsqu’une silhouette apparaît au bout de la rue, côté canal, c’est-à-dire côté-d’où-viennent-les-cassos. La silhouette avance doucement vers la lumière d’un lampadaire, assez pour que je l’identifie plus clairement : c’est un homme de taille et de corpulence normales, cheveux courts, barbe légère, jamais vu dans le quartier. Il fume lui aussi, mais une cigarette comme avant, à fumée grise. Il avance d’un pas tranquille – au moins n’est-il pas saoul, me dis-je – mais découvrant les mouchoirs au sol, plutôt que de zigzaguer à travers, il commence à les ramasser un à un. Il les fourre dans ses poches, et lorsque ses poches sont pleines, il retire son manteau et en fait un espèce de baluchon où il fourre tous les autres mouchoirs. Je le regarde faire ainsi pendant de longues minutes, une heure peut-être. Je me suis cachée derrière le canapé et seule une partie de ma tête dépasse. Au fur et à mesure que la rue se nettoie, l’homme approche de la maison, jusqu’à ce qu’il ne reste plus un seul mouchoir. Alors il se plante devant mon portillon et appuie sur la sonnette.
« Je t’ai vue Juliette, hurle-t-il. Allez, ouvre-moi bordel ! »
Lorsqu’il répète : « Allez, ouvre ! Ou alors je raconte tout à tes voisins. », je sors en trombe de la maison et arrivée à quelques mètres du portillon, je le menace avec mon téléphone : « Je vais appeler la Police, Monsieur. Je ne sais pas ce que vous voulez.
– J’ai ramassé tous les mouchoirs, dit l’homme, car je pense que tu devrais les garder. Il y a des gens malintentionnés qui pourraient en faire mauvais usage.
– Ce ne sont pas mes mouchoirs. Vous travaillez pour la Mairie ou quoi ? Vous n’avez pas à être là. Je vais appeler la Police !
– Ah bon ? Tu connais le numéro ? dit-il d’un air railleur.
– (Il n’y en a pas cinquante ; je réfléchis, c’est le 15 ou le 16 ou le 17.) Bien sûr que je le connais.
– Alors ?
– Alors quoi ?
– Quel est le numéro que tu veux composer ?… Faisons comme si j’étais la dame des renseignements… Je vous écoute Mademoiselle, quel destinataire tentez-vous de joindre ?
– (Je fais semblant de taper deux chiffres sur mon téléphone). Ça sonne…
– D’accord, j’attends…
– Mais bordel vous êtes qui ? (J’entame une conversation imaginaire avec la Police mais m’arrête assez vite. L’homme répond enfin).
– Petite voleuse va, je suis Julien. »

CIément / fragment 48

Lundi et vendredi sont les jours des poubelles noires, celles qui sont pleines de croûtes de fromage, d’os de poulets et de mouchoirs dégueulasses. Mais lundi et vendredi c’est beaucoup pour quelqu’un comme moi, qui mange peu de fromage et peu de poulet et ne jette à peu près rien sauf des mouchoirs si dégueulasses que je n’ose même pas les brûler. Du coup je sors peut-être ma poubelle toutes les deux ou trois semaines et c’est bien suffisant. Le camion passe entre 5 et 6 heures environ, à moitié endormie je l’écoute et visualise sa progression dans la rue, il s’arrête devant chez moi, ronronne quelques secondes puis repart. Je ne sais pas à quoi il ressemble, ce n’est peut-être même pas un camion après tout, ce matin plus que jamais je me questionne, peut-être qu’il s’agit de : une vingtaine de cochons affamés, mais pas sûr, non, ce matin en ouvrant les volets et en découvrant dans la rue mes poubelles éventrées et leur déplorable contenu disséminé à plus de cent mètres à la ronde, je me dis qu’il s’agit de : connards de chiens affamés de sperme. Deux voisins sont sortis de chez eux, ils ne sont pas en train de se plaindre du fait que la mairie ait embauché des abrutis de chiens pour ramasser les ordures de la ville, ils discutent de moi, ils discutent du fait que mes poubelles ne contiennent absolument rien d’autre que des mouchoirs usagés, ils discutent des autres personnes bizarres qui habitent le quartier, ils discutent ainsi depuis plusieurs heures sans doute, depuis l’aube ils attendent que je sorte, ils attendent car ils veulent voir mon nouveau visage pour la première fois. Ils peuvent attendre.
Je n’ouvre aucun autre volet, et pour ne pas me faire remarquer davantage, décide de ne pas refermer celui déjà ouvert. Dans la douce pénombre et les embruns de lumière de la chambre percée, je rejoins l’arrière-terrasse. Je jette un œil sur les champs à l’horizon : les trois corbeaux n’ont pas bougé, ils fouissent la terre à la recherche de quelque chose. L’un d’entre eux relève la tête et me rappelle que ce n’est pas encore l’heure. La cabane demeure imprenable. Par ici, rien n’a changé.
Je rejoins la haie de sapins au fond du jardin côté nord et sans un bruit la remonte jusqu’à me retrouver côté rue.
J’écarte quelques branches et enfonce ma tête dans les feuilles. Les deux voisins n’ont pas bougé. Ils semblent agacés mais visiblement pas étonnés que je ne sois pas encore levée. L’un d’eux fume une cigarette, celui qui est un homme, et l’autre regarde quelque chose sur son téléphone, celle qui est une femme. D’après mes observations antérieures, l’un est retraité et l’autre une personne au foyer. Ils attendront probablement là toute la journée, jusqu’au coucher du soleil, et ensuite se posteront à leur fenêtre jusqu’à minuit environ, prêts à se jeter sur moi dès que je sortirai. Mais je ne sortirai pas. Quelqu’un va bien venir ramasser tous ces affreux mouchoirs. Moi je ne suis pas responsable. Ce ne sont rien d’autres que des mouchoirs blancs après tout.

CIément / fragment 47

Aujourd’hui j’ai planté une quinzaine de bulbes de crocus dans une jardinière. Cette jardinière est en fait l’ancien pot d’un gros bonsaï de ficus benjamina acheté chez Ikea. Quant aux crocus, ce sont des fleurs à bulbes qui fleurissent en hiver.
Ensuite, j’ai nettoyé la terre sur une tranchée de trois mètres environ et j’y ai semé des graines de Navet Rave d’Auvergne Tardive à Collet Rouge. Je n’ai jamais goûté un seul navet de ma vie et je ne pourrais pas dire exactement à quoi cela ressemble. Il y a un navet dans le film d’animation Le Château Ambulant, mais ça n’aide pas, selon moi, à se représenter ce qu’est un navet, à moins de savoir déjà ce qu’est un navet.
Pour remplacer le terreau, j’utilise la terre toute fine que les taupes déposent un peu partout en petits tas dans le jardin. C’est une terre aussi fine que du sable, mais plus riche et fraîche que n’importe quel terreau. Avec leurs ongles affûtés, les taupes décomposent la terre avec patience ; racines, insectes et vers sont lacérés et réduits en une poudre extra-nourrissante de potassium, phosphore, azote et fer. Grâce à cette petite astuce, je n’ai plus de colère particulière envers les taupes. Ce qu’elles font, cela s’appelle au minimum du travail d’orfèvre.

Avant tout cela, j’ai baillé bouche fermée toute la journée derrière mon comptoir d’hôtesse d’accueil/réceptionniste. (Je crois qu’il existe un troisième état de conscience, qui se développe en ce moment, ces dernières années, aussi différent que ne l’est le sommeil de l’éveil, un état nommé « déguisement », un état nommé « théâtre », où le costume est l’égal de la personne qui le porte, en terme de présence et en terme de domination et de possession de l’autre, et un état devenu absolument naturel à notre époque.
L’éveil, lui, est devenu plus rare, plus intense mais plus rare.
Le sommeil, lui, est devenu : impossible, ou, pour moi, devenu : un somptueux tombeau avec écran 3D.)
Sur les coups de quinze heures, une jeune fille et sa mère sont entrées dans la salle d’attente climatisée. La mère s’est avancée vers moi, a dit son nom et son heure de rendez-vous et j’ai dit oui c’est bien ça, merci installez-vous, avec un grand sourire que les gens adorent, un sourire sincère de type troisième état, mon sourire, et ils disent aux docteurs ou me disent parfois, vous êtes vraiment gentille mademoiselle, et au téléphone également, quel plaisir quand on tombe sur vous, alors il faut le dire, n’est-ce-pas qu’il faut le dire ?
La mère et la fille se sont installées sur la rangée de chaises en face de moi et je faisais une sorte d’obsession sur la fille, parfois sur les seins de la fille, tandis que quelqu’un au comptoir me disait que j’étais d’une élégance folle dans cette chemise blanche de marque italienne. Parfois le téléphone sonnait et quelqu’un me traitait de grosse pute et de merde ; par exemple, je disais au téléphone : pardon monsieur, je n’ai pas de rendez-vous disponible avant jeudi prochain, et alors le gars me disait qu’il viendrait me tuer si jamais il arrivait malheur à je sais pas qui et il me traitait d’espèce d’enculé puis raccrochait. En face de moi, j’essayais de ne pas regarder la fille et les seins de la fille étroitement serrés dans une sorte de pull H&M couleur crème.
Je transpirais selon la chance, la malchance et l’humeur des gens, je transpirais par grandes vagues et par marées inattendues, et si on l’observait en détails et avec intérêt, pour un médecin du travail du futur ma chemise blanche dessinait l’oscillogramme très précis de mes anxiétés. C’était immonde, mais invisible je crois à l’œil nu.
Ensuite, la mère et la fille sont entrées dans le bureau d’un docteur, et pendant toute la durée de la consultation, les gens ont continué de me dire combien j’étais charmante et combien j’étais une salope.
J’ai commandé une cigarette électronique sur internet et je me suis dit que lorsqu’il n’y aurait pas grand monde dans la salle d’attente, je fumerais discrètement sous le bureau en gardant la fumée longtemps dans les poumons pour que rien ne ressorte, le souffle Alexandre et la gueule Anaïs, imparable-je-vous-emmerde, au moins le temps de laisser filer le temps pour croiser de nouveau une jeune femme / une jeune femme comme moi (pas moi maintenant ou moi jamais, mais : absolument moi), et y chercher quelque chose encore, ma vie perdue, ma vie orpheline, pour l’enterrer ou l’inverse (même si l’inverse est évidemment tout ce que nous souhaitons – mais il n’est jamais facile de se sacrifier pour la bonne cause, même pour sa propre cause.
Toutes les erreurs de langage à mon propos, les excès et les injures, les hauts et les bas, ne sont que des failles du système ; je ressemble à : la formule d’origine avec un orteil de grenouille et du sang de vierge en moins, remplacés par une crotte de nez commune et trois gouttes de pisse. Et, à ce moment de l’histoire, je prenais la place de : la fille dans le bureau de la docteure, aux yeux verts et aux seins étroitement serrés dans une sorte de pull H&M couleur crème.)

CIément / fragment 46

Peut-être que dans sa lettre totalement illisible, Clément me demandait pourquoi le chapitre un durait si longtemps alors que celui de l’œuvre plagiée n’excédait pas cinq ou six pages.

Je pris mon stylo et une feuille et écrivis :

Dans le chapitre un de l’œuvre plagiée, selon toute vraisemblance, Alexandre n’est pas encore mort, il faut pour cela attendre le chapitre deux, tandis que dans mon texte, dès les premières lignes, dès le premier mot et avant, Jean-Croque est déjà sacrément en décomposition. Alors tu vois, comme dit le proverbe, les morts n’ont pas de montres, et d’ailleurs moi non plus, je sais même pas encore si je devrais pas passer directement au chapitre trois.

CIément / fragment 45

Chanson de Mabon

Au premier jour de l’automne, les corbeaux déploient
leurs pattes racornies et enchevêtrées
en un bruit de branches qui craquent,
et lentement se lèvent
plus haut que les grues,
sur une ombre plus fine que celle du blé.
Dans les champs ils se confondent aux rayons
du soleil qui meurt.
Ils ramènent le feu vers les souterrains.

CIément / fragment 44

J’ai reçu une lettre postale de Clément ; c’est en réalité une lettre que j’ai moi-même envoyé à une adresse imaginaire il y a une douzaine de jours ; j’ai fait en sorte qu’aucun facteur, même zélé s’il en est, ne puisse la trouver. Voici l’adresse : Juliette n’avait pas peur, 15, rue des trois corbeaux, 12150 Sel-sous-Mezyeux. Elle est en partie recouverte par l’encre du tampon « n’habite plus à l’adresse indiquée, retour à l’envoyeur ».
Lorsque je l’ouvre, je découvre deux feuillets remplis à ras bords de mots illisibles, que je sais écrits de la main gauche par une droitière, et dont je suis incapable de relire quoi que ce soit. Seule la signature m’est familière : Clément.

CIément / fragment 43

Mon visage est si grand
que les larmes n’en tombent jamais
Si grand que parfois
alors qu’il pleut sur l’œil
il resplendit sur le front
Et si grand que la nuit et le jour
s’ignorent comme sur Terre
lorsqu’ils traversent les faces et les arêtes
du miroir écaillé

C’est de là que viennent mes rides
de trois femmes qu’on arrache à elles-mêmes
(la première femme est une fillette
avec des bleus sur les jambes,
la deuxième femme est une jeune femme
avec des bleus sur les bras,
la troisième femme est un homme
sans bleus, sans jambes, sans bras)

CIément / fragment 42

365 jours de Sel, extraits

15 –
Sel,
J’ai rêvé de toi cette nuit. Il n’y avait personne d’autre que nous. Il n’y avait pas de lieu et j’ignore si nous étions jeunes, si nous étions vieux ou si nous étions exactement exacts à maintenant. Ce n’était pas que j’avais tout oublié au réveil, car je n’avais rien oublié ; dans ma mémoire tout était clair : j’avais passé un siècle avec toi, en toi et en moi, un siècle pour une vie et je me sentais riche de l’indicible, de l’invisible et de l’immortel. Dans toute sa modestie, j’avais compris que l’univers tenait entre quatre lèvres.

CIément / fragment 39

Je parcourais le jardin, arrosoir à la main, le long du chemin de terre battue qui longe les deux chambres de la maison, lorsque quelque chose frappa à la fenêtre de la chambre d’amies. Quelque chose enfermé, quelque chose de l’autre côté. Je sursautai lorsque je crus voir un colibri se jeter sur la fenêtre pour attirer mon attention, se fracassant encore et encore sur les carreaux, frénétiquement, les yeux jamais horizontaux, et je frémis à l’idée que du sang bientôt jaillirait de son bec et se disperserait un peu partout dans la pièce. Mais le petit oiseau n’en était pas un et rien ne jaillissait de son bec. Il s’agissait en réalité d’un énorme papillon aux ailes orange et brun tabac. Je lui promis de venir le libérer dès que possible, une fois mon arrosage terminé. Il continuait de se fracasser contre la fenêtre mais je savais qu’aucun sang ne jaillirait de son bec, et je savais aussi depuis peu que les insectes ne ressentaient pas la douleur, qu’ils n’étaient tout simplement pas dotés du bidule que nous humains possédons et qui fait ressentir la douleur pour tout et n’importe quoi, donc il pouvait attendre. Moi, même parfois en arrosant mes putains de fleurs les plus belles*, il m’arrivait de souffrir.

Quelques heures plus tard, ce furent les papillons de nuit couleur crème venant s’échouer sur les lumières de la terrasse qui me rappelèrent cette promesse.
Je me rendis jusqu’à la chambre d’amies, désormais plongée dans l’obscurité, et avant d’allumer la lumière, je fouillai du regard parmi les ombres afin de savoir si le papillon géant était encore là ; la porte était ouverte et peut-être que depuis le crépuscule, d’autres lueurs l’avaient attiré loin d’ici. Je crois qu’au fond de moi, j’avais peur de lui comme s’il s’agissait encore d’un oiseau (ma peur des oiseaux sera peut-être développée plus tard dans le roman. Je la mettrai peut-être en comparaison avec les rêves dans lesquels je vole, ou disons plutôt, les rêves dans lesquels je monte dans le ciel comme une baudruche gonflée à l’hélium et redescend en planant**).
Lorsque j’allumai la lumière, les ailes du papillon géant se mirent à claquer au plafond et à résonner alors d’une intensité si particulière – d’un contraste ombre et lumière terrifiant, représentant les hélices de quelque chose de véritablement affreux, d’un moteur bidule véritablement affreux – que je bondis aussitôt en arrière en claquant la porte. Je savais que ce n’était pas un oiseau, juste une saleté de papillon géant, je lui souhaitais de crever de soif et de sécher comme une fleur, je n’avais pas besoin de cette chambre, je pouvais bien laisser la porte fermée une semaine s’il le fallait ; qu’il se fracasse le bec et crève.

Parfois je passais devant la fenêtre et alors le papillon géant se mettait à appeler à l’aide ou à m’insulter et à promettre la mort sur moi et toute ma famille.
La lumière étant encore allumée, vu de l’extérieur, tout cela ressemblait à la performance d’un papillon rare d’Amazonie dans une salle hyper hype de Paris qui protestait contre le massacre des papillons rares d’Amazonie.

(*hier les hélices pisse du jasmin, aujourd’hui les trompettes blanches de l’abélia)

(**cf. fragments pas encore écrits sur les rêves bizarres que je fais et sur les rêves bizarres que je crois faire, chapitre 4 je crois).

CIément / fragment 38

365 jours de Sel, calendrier à détacher, extraits

13 –
Sel,
tu passes, tu te lèves seulement ou tu bailles
à peine, et
les jours se détachent
l’un après l’autre.

Tu marches et ton corps chante,
tes doigts résonnent dans le vent
et tes chevilles sifflent,
tes cils tambourinent
et tes hanches violonnent.

Ce matin, je suis en 2041,
et comme une conne, je t’aime encore.
Pour toi, si tout va bien, il est le 13 janvier 2019.

14 –
Sel,
Ce matin, même habillée tu es nue,
tu ressembles à une danseuse étoile tombée des étoiles
plus légère que l’air.

Retire tes jolis pieds*,
tu n’en as pas besoin aujourd’hui,
les oiseaux veulent voler avec toi.

(*J’explique « comment retirer ses pieds efficacement » un peu plus tard dans le roman)

CIément / fragment 37

Il y a trois corbeaux dans les friches du champ ; c’est un champ que je laisse à l’abandon ; pour l’instant
il mesure un hectare et il est exactement de forme carré. Au milieu se trouve une petite cabane à outils, exactement au milieu

Aujourd’hui, lorsque je me suis approchée, les trois corbeaux ont tourné leur tête vers moi ; c’était la fin de l’été, quelque chose d’étrange brillait dans leurs yeux et j’ai fait demi-tour
il ne faisait aucun doute qu’ils m’auraient mise en lambeaux si je m’étais approchée davantage

Cette nuit, j’ai rêvé des trois corbeaux, qui étaient en réalité un cerbère et la cabane à outils un passage protégé vers un lieu souterrain ; pas nécessairement l’enfer ; ni même un endroit sordide ou effrayant ;
dans mon rêve, je ne parvenais pas à atteindre la cabane : le cerbère se réveillait, me prenait en chasse et me rattrapait, mais je m’y étais déjà rendue par le passé, et je me rappelais donc de certains détails :
un escalier de planches en bois ciré
du lambris sur les murs
un éclairage jaune et chaud mais sans aucune source de lumière
aucun plafond ; l’obscurité la plus épaisse des rêves
puis une voix lancinante qui se tressait autour des pieds comme du chien-dent et vous collait au parquet et rendait chacun de vos pas si longs à effectuer qu’il vous semblait parcourir des milliers de kilomètres
et enfin, un battement de cœur très puissant qui se mettait à pulser dans les sols et les murs et serrait tant à la gorge qu’on en imitait peu à peu le souffle

Lorsque je me suis approchée aujourd’hui, les corbeaux ont tourné leur tête vers moi et leurs yeux étaient aussi rouges et orange que la veille

J’ai fait le même rêve les deux nuits suivantes
et les deux jours suivants, lorsque je me suis approchée du champ, les corbeaux ont tourné leur tête vers moi et j’ai su que l’été mourait à grands feux mais n’étaient pas encore mort
cependant je remarquais pour la première fois, ça et là de l’étendue désertique du champ, des remous de vapeur flottant à la surface et désignant l’emplacement de sources de chaleur souterraine
je reculais hors de la zone protégée ; il me fallait revenir la nuit ; le cerbère en personne serait sûrement là.

CIément / fragment 36

J’ai croisé le sosie de la fille de la vidéo Learning to deepthroat, la fille aux yeux noirs démons et rouges insomnies.
J’étais au bord d’une plage dans les Landes, aux pieds des pinèdes et sous l’ombre incertaine d’un pin, lorsqu’elle apparut sur les eaux, d’abord comme une tache noire, ensuite comme une brûlure sur un polaroid, une brûlure en forme de vagin ou en forme d’œil de Sauron, mais sur mes yeux. Cette forme s’explique ainsi : j’étais au bord d’une plage, oui, dans les Landes, oui, mais pas exactement au bord de l’océan, que j’avais quitté quelques heures plus tôt pour un lac beaucoup moins fréquenté, aux eaux douces et chaudes et dans lesquelles il fallait marcher plusieurs centaines de mètres avant de perdre pied. Ainsi, le sosie de la fille de la vidéo se baladait là en marchant, buste vaginamorphe et solarisé, buste dans un maillot une pièce orange saumon ou rouge saumon ou rose saumon, accompagnée de sa copine de vacances, visiblement plus jeune qu’elle, en maillot une pièce elle aussi, petite, informe, mais en partie utile à la suite de l’histoire, à sa mise en contexte et même, à un éventuel dérapage vers une partie à trois (cf Annexes).
Certaines personnes marchaient vraiment très loin comme ça, presque jusqu’au milieu du lac semblait-il, ce qui faisait vaguement penser au film de M. Night Shyamalan avec tous ces gens qui se comportent de manière étrange et se suicident de manière étrange.
De là où je me trouvais, je pouvais voir absolument tout le contour du lac ; seule une petite crique située plus à gauche de ma position échappait à ma vue.
Le lac s’étendait sur un ou deux kilomètres de large pour trois ou quatre de long* et était bordé de pins et de sables et d’épines de pins qui tombaient perpétuellement dans le sable comme des étoiles filantes ou des restes vacillants de Mary Poppins frappée par l’éclair.
La fille de la vidéo et sa copine ont marché jusque vers une autre petite plage près de celle que je m’étais accaparée, et tour à tour, devant des roseaux ou ce qui semblait être des roseaux, elles ont pris la pose tour à tour, l’une prenant les photos de l’autre.
Lorsque la fille de la vidéo a détaché ses cheveux châtains, ils sont tombés au ras de ses épaules et ont encerclé son visage, en un instant y ont dessiné de nouvelles ombres et c’est là que je suis tombée bruyamment amoureuse, aussi prévisible que la lumière de l’éclair l’avait présagé. Je fumais d’un air entendu depuis un moment et je venais de m’étouffer. J’avais bu la lumière de travers et la toux ne voulait cesser. Les deux filles se retournèrent vers moi. De l’autre plage, une dizaine de mètres plus loin, des silhouettes se dressèrent également pour tenter de m’apercevoir. Il fallut de nombreuses minutes pour colmater en moi une si béante fissure, bien qu’en réalité, c’est-à-dire selon la formule Temps = Vitesse de l’Ennui** multipliée par (Âge diminué de Niveau d’études), la scène ne dura pas plus d’une dizaine de secondes.
J’ai souri dans la direction de la fille de la vidéo, un sourire qui voulait dire pardon et bonjour pour le bruit, ou quelque chose comme ça. La fille de la vidéo m’a souri exactement comme je savais qu’était fait son sourire. Cela signifiait : nous sommes faits du même sourire (couteau).
Elle est repartie en marchant dans l’eau, avec sa copine qui marchait dans l’eau elle aussi, jusqu’à une autre plage à peine plus loin de la mienne.

(*Le lac se dénomme en réalité étang et mesure 10km de long pour une superficie de 35,4km². Sa profondeur moyenne est de 7m.)

(**Toujours exprimée en Salaire divisé par Heures de travail quotidienne et redivisée par la Variable de Compréhension jusqu’à atteindre un chiffre entre 0 et 1)

CIément / fragment 34

La vidéo s’intitule It all started with a coffee et montre en POV* une jeune femme aux cheveux châtains, longs mais attachés, en jogging noir et brassières bleues. Elle porte un maquillage emo, rose à lèvres très léger, grands yeux noirs-j’ai-pleuré. Elle s’avance vers la caméra et frotte sa poitrine sur l’entrejambe du jeune homme encore habillé. Elle le déshabille, extirpe son sexe du caleçon et le masturbe contre ses seins. Elle le suce neuf minutes. Elle se positionne en levrette et ils baisent pendant six minutes. Juste avant la fin, une autre vidéo s’enclenche, montrant une scène d’éjaculation, mais il ne s’agit pas du même couple, cela semble n’avoir aucune importance. La femme porte des cache-tétons en forme de cœur et équipé d’un pompon rose. Une publicité m’invite à visiter le site ***.com.

(*Point of view : caméra à la 1ère personne)

CIément / fragment 33

La vidéo s’intitule attractive breasty amateur chick takes dick et diffuse par caméra fixe l’image d’une jeune femme – brune, cheveux longs jusqu’aux seins – accoudée à un canapé en toile, la tête dans les coussins et les fesses et la sexe grandes ouvertes. Un jeune homme arrive derrière elle et, après lui avoir donné quelques fessées, enfonce son sexe dans la sienne et la baise en levrette sans aucune interruption pendant cinq minutes. On n’entend rien d’autre que le splash-splash des peaux et quelques gémissements nerveux de la jeune femme. Ensuite, d’un simple demi-tour, elle se retourne. L’homme semble ne même pas avoir bougé. Les seins de la jeune femme, ainsi allongée, sont emportés par le mouvement, et l’inertie leur fait dessiner des 8, ou des signes de l’infini, c’est selon. Le dernier plan se concentre sur l’éjaculation du jeune homme dans la sexe de la jeune femme, puis, par un très gros plan de la sexe de la jeune femme, qui malgré tous ses efforts, n’arrive pas expulser le sperme, tel qu’il était prévu.