Archives de catégorie : Nouvelles

Index des nouvelles

« L’immense Arturo, maintenu dans la terre, jusqu’aux profondeurs de la terre, par cette longue vertèbre qui est son arc, bande et flèche les tourtereaux, dans la Limousine Paradis, vertige des amoureux. »

Autour de mon annulaire fantôme, des fleurs rouges

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Je cacherai
Esther est une petite fille brillante et mystérieuse, au secret tout à la fois si lourd et si léger qu’il la masque tout entière sans que personne ne s’en aperçoive.

Les cauchemars de Balsia
Dans les steppes de Mongolie, une vieille femme nomade décide de partir à la recherche de son fils, rendu à la ville une vingtaine d’années plus tôt. Elle découvrira que le véritable chemin ne se parcourt que dans un sens.

Le peuple seul
Conte poétique d’inspiration éthiopienne dans lequel un jeune homme et une princesse partent chacun à la recherche de l’amour.

Voyage en train
Deux personnes âgées se retrouvent dans la même cabine de train lorsqu’une femme au visage familier leur apparaît. Elle refuse de dire son nom. Cela fait partie du jeu. Ils doivent le deviner, ou plus exactement, ils doivent s’en rappeler. Dans le ressac des souvenirs, y parviendront-ils ?

Vingt-trois minutes
L’amour, la drogue, et la mince frontière qui les rapproche. La réalité, les hallucinations, et la mince barrière qui les sépare. Vingt-trois minutes, c’est le temps d’un trip sur les terres incertaines de l’amour, vingt-trois minutes où tout se confond, où les mots perdent leur sens, se décantent jusqu’à n’être plus que des mots, au sens le plus pur.

Lullaby to paradise
Compte à rebours d’une cavale amoureuse.

Les Crevasses en silence
Dans la province de Nunavut au Canada, d’étranges villageois vivent reclus, perpétuant les traditions de leurs ancêtres et maintenant à flot leurs légendes. Mais les apparences sont trompeuses, et il semble que les maux du monde moderne ne les ai pas épargnés.

Jour d’été midi 15
Le métro est bloqué. La rumeur enfle : quelqu’un se serait jeté sur les rails. Les hommes se confrontent à leurs semblables, incapables de dissimuler leurs émotions, et les esprits finissent par s’échauffer.

L’Archimède et l’Até
Afin de sauver l’humanité d’une inévitable montée des eaux, une organisation internationale envoie militaires et scientifiques sur une étrange île sortie des eaux, semble-t-il, par magie. Mais les causes de cette excroissance semblent plus naturelles qu’il n’y paraît.

Chasseur
Un homme aux mystérieux pouvoirs est escorté puis enfermé afin d’être analysé, ou peut-être canalysé. Il porte autour du cou un carnet, sur lequel il écrit la réalité, ou peut-être tente-t-il de rendre réelles ses hallucinations. Mais son pouvoir va se révéler extrêmement dangereux.

Fusion
L’amour rend fou. L’amour rend double, multiple, infini. Et quelque part, il existe un homme capable de fusionner cette multitude en une seule et unique personne. Les protagonistes de cette histoire, au coeur brisé, vont tenter l’expérience, à leurs risques et périls.

And bears and monkeys
Au coeur de la nuit marseillaise, dans les vapeurs du sexe et du sale, un jeune homme déchiffre l’histoire d’une sinistre rue qui lui semble familière.

Caldora
Très courte histoire d’une femme qui se cache dans la nuit.

A l’ombre des champignons
Dans cette histoire y a moi, y a un gars qui est habité et qui fait peur aux gens, y a Nina qui lit des livres et qui a peur de sortir de chez elle, y a la guerre pas vraiment la guerre, mais pas vraiment la paix non plus, et y a cette histoire dans l’histoire, cette histoire qui parle de champignons qui peuvent te tuer et d’autres pas.

Je cacherai

Tirez-moi les joues et voyez, ô voyez tout ce que vous ignorez, le sot-l’y-laisse si l’en est, bâtards de sots ! Vous ne les tirez plus de peur de les garder entre vos doigts, mais les joues ne bougent pas, messieurs et grands-mères, rien ne bouge et claquez des doigts, le swing est là, là dans vos doigts. Retournez à la piste. Vous ne savez pas danser. La musique est toujours au rythme de la claque de vos doigts. Bâtards de sots, retournez à la piste, vous ne savez pas danser.

Tu portes ton peignoir de sang, de chair et de sauce, aux deux petites poches toujours sales qui connaissent l’humiliation du ventre et de la bête gavée qu’on expose.

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Les cauchemars de Balsia

Ne trouvez-vous pas quelquefois
qu’à une époque comme celle-ci il est normal d’être séparés
et que c’est un miracle de se rencontrer…
Yukio Mishima
Confession d’un masque

1.

Perdu au milieu de la steppe, telle l’ombre tremblante de la flamme d’une bougie, un campement vivote dans le flou solaire. Les voiles aux portes des trois yourtes dansent dans le vent comme les cheveux des mariées dansent dans les fêtes. De l’une des tentes, la princesse shaman apparaît, emmillefeuillée dans les plus fines soieries ; elle brûle telle une fleur ardente. Derrière son chant et ses grelots, faisant de nouveau bailler la porte d’étoffes, se traîne le jeune Süsü : jean flambant neuf, petite chemise blanche et cravate bleue. Un cartable de cuir jaune serré entre les bras. Puis vient sa mère Balsia et son père Galbak, sa grand-mère Laïssa et son cousin Jad, et enfin les membres des deux autres familles, tapant des mains, chantant et priant.
Les doigts ensorcelés de la princesse shaman tremblent sur les paupières du jeune Süsü. Elle le libère des rêves et des cauchemars de la steppe. Ensuite, la princesse écrase sur le visage de l’enfant une pâte maronnasse, mélange de terre, de cendres, de lait de jument et de diverses urines humaines et animales ; son petit visage d’argile est maintenant prêt à cuire six heures au soleil. Ses jolis habits se tachent.
On aide Süsü à grimper sur le grand cheval noir du cousin Jad. Il leur faut chevaucher plus d’une demi-journée pour rejoindre Bayanhongor, alors les adieux ne s’éternisent pas. Le cousin éperonne son cheval et lance un infâme cri de cow-boy.
Galbak allume une cigarette et retourne dans la yourte. Tous les autres nomades l’imitent. Seules la vieille Laïssa, la princesse shaman et Balsia demeurent.
Süsü et le cousin Jad mettent longtemps à disparaître, si longtemps qu’il semble parfois à Balsia qu’ils se sont arrêté ; ou pire mirage encore, qu’ils rebroussent chemin. La vieille Laïssa le sait. Laïssa se rappelle, vingt ans plus tôt, à la sortie de l’hiver, sous l’écrin de l’aube rose et bariolée, la même image trop belle et trop longue pour n’être jamais oubliée. Laïssa dans la terre poisse et tiède. Laïssa morte. Alors aujourd’hui, sa main sur l’épaule de sa fille, elle la prévient de cette illusion et de la persistance de cette illusion : « Les cauchemars vont commencer. De nouveaux cauchemars, dans les ruines anciennes d’un palais ou d’une oasis, peuplées de monstres volants, de serpents jaunes et noirs et d’hommes à six bras  : c’est signe que tu es morte, Balsia…
– Il reviendra. Je lui ai fait promettre.
– Tes frères ne sont jamais revenus…
– Il se fera passer pour mort et il reviendra. Je sais qu’il le fera… »
Les seize colliers qui pendent au buste de la princesse shaman ne sont désormais plus que quinze. Elle retire son masque à plumes rouges et brunes. Elle essuie ses yeux humides, fardés de terre et de poudre d’or jusqu’à la pointe des tempes. Des bandes de tissus bleues, jaunes, blanches et vertes flottent accrochées à sa robe et à ses bracelets. Elle creuse un trou à l’orée du campement et y enterre le seizième collier. Puis elle arrache un morceau de tissu à la yourte de Balsia et Galbak, et enfin s’assoit sur une roche, et avec une aiguille et du gros fil de laine, coud le fantôme à sa robe.

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Le peuple seul

Les Murmures lorsqu’ils deviennent
Incandescents

    Le maître est mort en pleine séance d’écriture. Lorsque Eshetu a trouvé son corps, la dernière lettre du nom de la princesse juive n’était pas achevée, tombait du papier et dégoulinait au sol, emportée par le mouvement et la perspective.
Eshetu a saisi le poignet de son maître et a cherché son pouls, mais sa peau était déjà rêche et braille, comme le papier sur lequel l’encre a durci. Eshetu n’a rien trouvé. Le pouls n’écrivait plus.

    Eshetu a soigneusement rangé les instruments de son maître, plumes, encres, calames et pinceaux, dans la trousse de chiffons, sans se presser. Il a nettoyé la dernière lettre du nom de la princesse juive qui avait crié sur le tapis. Ensuite seulement, il a porté le corps de son maître jusqu’au fond de la tente, où la température était plus fraîche, et il a commencé à le déshabiller afin de le préparer à la cérémonie du passage.

    Vêtu de la robe et du foulard de son maître, Eshetu est désormais assis à l’entrée de la tente. Il mâche des feuilles de khat. Un grand brasero flamboie devant lui, lueur fantôme dans la plaine. Le soleil y tombe jusqu’à disparaître.

    Au petit matin, la tente est déjà pliée. Eshetu termine de mélanger au sable tiède les cendres de son maître. Puis il ajuste les derniers ballotins sur les flancs de Mimi, la chèvre noire des hauts plateaux de Samara, fille des cailloux et du vent, dont les cornes férocement courbées sont les vestiges des temples du royaume d’Aksoum, que ses ancêtres soutenaient de leurs quatre inflexibles sabots. Mimi.
« Alors en route pour Jérusalem, dit-il lui caressant la croupe. Allons trouver la princesse juive et l’informer de notre éternel amour ! »

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Voyage en train

« Je trouve pas de gourmandise.
Et après de l’air.
Et après du lait.
Et après du parfum. »

1.

Il est l’heure d’aller se coucher.
Quelqu’un éteint la lumière et, pendant une minute, les formes claires se meuvent et se détachent des formes sombres. De nouveaux meubles apparaissent avec dessus de nouveaux objets. Ils appartiennent à la lune.
Albert est enfoncé dans les draps jusqu’aux yeux. Ses sourcils tremblent comme deux bosquets de cyprès découpés dans la nuit toscane.
Lorsque toutes les ombres sont enfin transformées, la lune descend, par un espèce d’escaliers de nuages, jusqu’à la fenêtre de la cabine, et vient se poser sur le front moite d’Albert, c’est un baiser, celui de sa mère.
Albert peut affronter le monde de la nuit. Il sort la tête des draps et, comme petit garçon il priait le petit jésus, il commence à réciter à voix haute les noms de tous ses proches, leur souhaite à tous une bonne nuit et à tous leur fait un bisou, comme ça, bisou untel, bisou untel, et d’une tendresse toujours égale.
Il commence toujours par mamine, ensuite papé, puis les grands-oncles et les grands-tantes. Il remonte ainsi jusqu’à lui, au jour de sa naissance, et parfois il lui arrive bêtement de se souhaiter à lui aussi une bonne nuit et de s’embrasser tendrement. Il remonte encore, il remonte jusqu’à ses enfants, il remonte jusqu’à ses petits enfants. Il cite tous les amis, tous les cousins, tous ceux des belles-familles, les morts ou vivants, sans distinction, tous ont droit à la même attention. La même bénédiction. Car en réalité Albert ne prie pas. Non. C’est tout l’inverse. Son grand âge a fait de lui un dieu sans égal.
Le roulis ressemble au bruit des vagues. Ou plus encore au bruit de la respiration des vagues. Mais ce n’est pas assez pour tenir son voisin de cabine endormi. Tu vas te taire, espèce de taré ! Les somnifères ne fonctionnent pas davantage. Oh pardon, répond tous les soirs Albert, j’avais oublié qu’il y avait quelqu’un, et il continue sa bénédiction en essayant de chuchoter mais sans y parvenir plus de quelques secondes. Et le voisin grommelle, ronchonne, geint, grogne, jusqu’à ce qu’Albert le bénisse à son tour, se retourne face fenêtre et s’endorme dans mille sourires de rides.

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Voyage en train

And bears and monkeys

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10-12mn

La nuit était lourde… Marseille suait.
Avant de rejoindre l’hôtel, on a coupé rue du Paradis pour choper un truc à boire.
On s’est retrouvé assis à une petite terrasse. On a bu une bière, mangé un kebab.
Dommage qu’ils vendaient pas de cacahuètes. Le spectacle était grandiose.
Derrière un comptoir (qui n’en était pas vraiment un), une grognasse qui aurait pu ressembler à ma mère nous a proposé une fille. J’ai dit non merci d’un geste sympa de la main.

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And bears and monkeys

Fusion

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8-10mn

Prologue

Il y a parfois une personne assise dans sa voiture, à la place du conducteur, un sandwich à la place du mort, moteur éteint et mains sur le volant, qui attend quelque chose. Il regarde, parfois, par la fenêtre, la lumière tamisée d’un appartement où une ombre chinoise coiffe ses longs cheveux.
L’homme fait doucement rouler la pierre de son zippo le long de son index, longtemps, et il mâchouille encore entre ses lèvres une cigarette de tabac brun au filtre difforme et flageolant.
Il bâille et la nuit passe.

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Fusion

À l’ombre des champignons

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15-20mn

Prologue

Il était habité ce gars-là, j’vous jure. Son doigt pointé sur moi, ou quelque part sur moi, il a dit :
« C’était des fleurs avant. »
J’ai dit « Quoi ? Qu’est-ce qui était des fleurs avant ? »
Mais y avait rien à en tirer – il a simplement répété – et moi, comme j’avais jamais été une fleur, j’ai pas compris davantage.
Un taré. Et on disait qu’il était habité. Il restait planté sur le même banc tous les jours tout le jour et quand vous passiez à côté de lui, vous pouviez être certain qu’il allait dire un truc insensé que vous comprendriez pas, et même un truc à vous faire pleurer si vous étiez du genre fragile. Quand on comprend rien à c’que raconte quelqu’un, en général, on fixe ses yeux pour trouver du sens. Mais avec lui, fallait pas faire ça ; ses yeux aussi étaient habités, et moi j’y regardais plus dedans ; ça foutait vraiment la trouille, j’vous jure.
Je lui ai souhaité une bonne journée, comme ça, et j’ai répété avec ma main, au cas où lui non plus comprenait pas ce que j’disais.

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À l’ombre des champignons

Lullaby to paradise

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25-30mn

Pages 323-325

« Lola !… Lola !… Lola !… »

Toujours déçu et innément seul, je me glissai sous la carcasse du lit et emmitouflai ma tête contre le coin de chambre le plus éloigné de la fenêtre. J’avais toujours les doigts cramponnés sur le cœur et, dans la paume de ma main en mie de pain (un ramasse-miettes), une poche de sang fermement comprimée était prête à éclater à n’importe quel moment ; il ne faisait aucun doute que les autres étaient encore à ma poursuite… j’étais contaminé, quelque chose comme ça… ils finiraient par me retrouver. Cela arriverait. J’espérais seulement que Lola revienne avant eux. Lola ! Juste une toute petite fois.
Mais ils ne m’attraperaient pas, je ferai péter la poche avant qu’ils n’entrent. Ils me croiraient mort et n’oseraient pas me toucher. Je n’aurai ensuite qu’à convaincre le médecin légiste pour m’échapper.

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Lullaby to paradise

Vingt-trois minutes

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35-45mn

Maria, c’était son nom, et il était d’autant plus charmant qu’elle n’avait aucune origine espagnole ni penchants catholiques.
Elle ne portait de boucles à l’oreille que ses cheveux pleins de courants d’air, qu’elle cachait en partie sous un torchon de cuisine mais d’où toujours dépassaient quelques mèches tendues comme des tire-bouchons.

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Vingt-trois minutes

Chasseur

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30-35mn

1.

Manon s’affaire dans la salle de bains. Elle se coiffe. J’entends quelques de ses cheveux tomber de sa perruque spirite, et des cils, de son loup blanc dentelé d’or, puis glisser, ou frémir sur le carrelage, et se nouer à ses doigts de pieds. Manon est petite, danseuse, chaussée de talons-aiguilles imaginaires et porte un monde qui n’est pas le sien, c’est moi.

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Chasseur

Les Crevasses en silence

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25-30mn

(Cette nouvelle a été publiée dans le recueil Derrière l’immense chose en forme de radiateur en fonte.)

 

Swantree, province de Nunavut, 1954

 

Le crépuscule se presse mais son agonie est lente. Les nuages se disloquent comme on vide le corps des bêtes dans la neige, avec le même soin que le napalm de l’hiver sur les champs de coquelicots. Au loin, vers cette même tâche de sang, l’étranger peut entendre vrombir les Chutes Uruks, dont les eaux tendent la main à la nuit, il peut sentir sur son visage une bruine très fine et dans ses jambes une peur enfantine, l’image de ce puits dont on n’aperçoit pas le fond mais d’où émanent des chuintements et des pleurs.

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Les Crevasses en silence

Caldora

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1-2mn

Caldora gratte la nuit enfin assoupie, séchée aux commissures de ses lèvres en petites croûtes croquantes, tel un monstre aux mignonnes paupières roses auquel elle pardonnera toujours tout. Elle plonge son visage loin du miroir, sous l’eau fraîche du robinet, mais l’eau glisse sur la graisse des nuits qui l’a tant et tant patiné, l’eau glisse et tournoie jaune et sale dans le siphon.

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Caldora

Jour d’été midi 15

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15-20mn

Rudölf, 42 ans
Nous nous trouvions debout au milieu du wagon, avec ma femme et ma fille, quand le métro s’est arrêté. Le conducteur ou un employé a parlé dans les micros mais nous n’avons pas compris ce qu’il disait. J’ai demandé, avec mon médiocre français, à une grosse femme de nous expliquer, mais elle n’a pas semblé me comprendre. Alors nous avons tout simplement attendu et j’ai expliqué à ma fille que ce genre d’arrêt impromptu était fréquent dans le métro parisien, parce qu’à Paris ville des lumières et des arts, on attend que les chanteurs et les musiciens aient terminé leur morceau avant d’ouvrir les portes des wagons.

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Jour d’été midi 15

L’Archimède et l’Até

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1h-1h20

Tout corps plongé dans la merde subit une poussée.
Philippe Fragione, alias Akhenaton

Partie I

C’était peut-être la dernière fois que nous faisions l’amour, ou, du moins, j’étais certain que c’était la dernière fois que moi je faisais l’amour pour les six prochains mois. Je ne m’inquiétais pas vraiment pour sa libido, elle n’aurait sûrement aucun scrupule, peut-être dès le premier week-end de mon départ, à enfiler sa robe de cocktails et à descendre au coin de la rue pour appeler un taxi et se rendre dans un des bars du centre, se faire payer une caïpirinha par le premier mec avec de belles chaussures et le suivre sans rechigner à son appartement tout proche, un élégant deux pièces uniquement meublé d’un canapé blanc, d’un lit blanc et d’une cuisine à l’américaine, où ils baiseraient comme des bêtes jusqu’au petit matin. Tout ceci, c’était certain, elle le ferait sans penser une seule seconde à moi.
« Tu fais quoi, là ? me dit-elle. Tu joues au docteur Maboul ?
– Pardon chérie, j’avais la tête ailleurs. C’est à cause de cette mission.
– Laisse tomber. Pousse-toi de là, tu veux. »
Je me retirai en douceur de sa chair cannibale, basculai sur le dos et m’allongeai à ses côtés.
J’attrapai le paquet de Gitane sur la table de chevet et en sortis deux cigarettes que j’allumai tour à tour. Je lui tendis la première et nous fumâmes ainsi sans prononcer un mot. Mes valises étaient prêtes et tout ce qu’il me restait à faire était de profiter des dernières heures que nous avions à passer ensembles. Par respect pour moi, ou peut-être par pitié, elle resta allongée sur le lit jusqu’à ce que nous eûmes fini de fumer, puis elle se leva et me demanda si je voulais qu’elle me prépare quelque chose à manger. Je remuai vaguement la tête en guise de réponse.

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L’Archimède et l’Até