Archives de catégorie : Poèmes

#55 – Le monstre éparpillé

Est-il à l’homme rude assez de cris
pour resserrer les mailles de la peau
sur le feu de glace et le contenir ?

Le matin s’éveille et le corps défait quitte l’âme
comme en un souffle la nuée d’oiseaux
quitte les branches de l’arbre

De ce millier de têtes éparses
est prisonnier l’enfant sage

Et les dieux ne sont plus enfermés
dans les petits jouets de bois

Cartographie du silence

Me mord la nuit
le sel tranché par les vagues
tout le long du corps
aux silences inexplorés

Ma peau détient les mystères
des caresses de ton rivage
mais muette au matin et folle au soir
les lames n’y révèlent que le sang le plus noir

Je cours aux muscles qui tenaillent
les lèvres encore humides
mais rien ne parle
que la sécheresse des statues

Et tous ces souterrains
peuplés d’une vie double
absorbent chaque nuit
peut-être sous mes ordres
le sel de mon sang
et les derniers amours
d’une si petite vie

#54 – La prisonnière toute fenêtre ouverte

   Du haut de l’immeuble où j’habite, mon regard se perd parfois sur une fenêtre ouverte, hiver comme été, sur une chambre qu’on ne peut, heureusement ! entrevoir de la rue. Heureusement car je crois connaître l’espoir chaleureux des lumières inconnues qui brillent à travers les fenêtres closes, lorsque dehors il fait froid et qu’il faut encore marcher seul, arpenter quatre rues, ouvrir la porte de l’immeuble, monter les escaliers, entrer dans l’appartement et voilà… Aussi je crois connaître l’air glacé derrière les fenêtres ouvertes, où une simple lampe sans robe peine à éclairer toute l’immensité d’une si petite pièce ; les fragments de lumière y avancent à reculons comme si on les menait au bois pour les exécuter.
Au fond d’un lit, dans cette chambre peuplée de riens, une vieille fille est assise sur les draps tendus froissés ; il ne s’y trouve qu’un guéridon sur lequel une lampe éclaire nuit et jour, et à ses pieds, une petite valise à roulettes. La vieille fille joue sur son téléphone, elle fume une cigarette et parfois penche la tête d’un côté puis de l’autre pour se recoiffer, tirant ses longs cheveux jusqu’au bas du lit. Lorsqu’elle se lève, j’espère toujours que quelqu’un frappe à la porte, qu’alors elle fermera enfin la fenêtre, tirera les rideaux et ne sera plus nue à mes yeux, mais elle revient un moment plus tard, seule toujours, d’un pas lourd et lent, s’assoit quelques instants au bord du lit, allume une autre cigarette, inspecte ses chaussures à talons et passe un doigt sur sa langue pour y frotter une tache.
Par pitié, je supplie, qu’elle ferme sa fenêtre ! Vous tous qui lisez ces lignes, par pitié, fermez vos fenêtres ! Laissez-nous croire aux feux des cheminées et aux guirlandes de Noël. Mentez aux prisonniers, mentez aux enfermés dehors ! Faites que le monde opaque se joigne au brouillard que nous sommes. Faites que mes yeux ignorent les coulisses de l’espoir.

#53 – Terre

J’aime à la fin de la nuit qui froidit les os
J’aime à la fin du jour assommant de bruit
reposer ma tête lourde et vide contre toi
rivage unique de l’espace impalpable
terre chaude sous un ciel sans condition
où à lumière égale
par les fentes de timidité de tout mon corps
l’ombre fleurit

Car c’est bien au bord des côtes que s’écrasent les frégates
à la promesse des phares et des étoiles des villes
après avoir essuyé tant de cruelles nuits et d’assassines tempêtes
sur les plus simples roches que s’écrasent les frégates

Sur l’île sans hommes je dors
j’ai oublié le naufrage
puisses-tu tenir longtemps ma tête
comme une flûte évidée
légère où par ton souffle la musique vibre

Photographie : http://www.fool-artistic.fr/

#32 – L’éternel instant

La roche écrase le vide
le vide écrase la roche
les noms perdent famille
les racines se dénudent au-dessus des terres
et les étoiles s’enfoncent dans le puits de la nuit

Pourtant je connais
l’immortalité
seconde après seconde
les infinis
les trous dans les yeux où l’on tient chambre secrète
à l’abri des lumières qui arrachent les couleurs
les peaux les ailes en papier de soi
je connais les sources solaires dans le cœur noué des poings
le poing uni des cœurs
la lumière blanche du point zéro
et le prénom de mon visage double
instant créateur
instant destructeur
à l’étincelle
d’un frôlement de nos doigts

#6 – Vision

Les troupes ont mangé dans ton ventre
le dernier repas avant la terre et la roche
tu as dormi sur la falaise blanche
et les mouettes t’ont chié sur la tête et les pieds
l’aurore n’est pas apparue
l’odeur du poisson mort les a habillées

Les troupes ont mangé dans ton ventre
le dernier repas avant les nuages
tu as pleuré mais rien ne l’a vu
et le sol et l’horizon et tes yeux
étaient les trous
que personne ne venait plus remplir

#5 – à l’enfant sauvage

je t’ai vu danser comme la lune sur le toit des immeubles
je t’ai vu dans la brume des matins abandonnés
je t’ai vu manger la poussière d’or des champs de blé
je t’ai vu dans la montagne un couteau planté dans le ciel

où es-tu perdue maintenant
dans les tortures de mon ventre
désolé je pense à toi comme aux morts
avant d’aller dormir
lundi 5h30

#4 – Soleil exact

à Charlotte M.

Ne pas s’asseoir à la terrasse des cafés
Ne pas regarder les femmes passer
Devant l’écran devant la bibliothèque de dieu
Mes yeux ne voient rien
Ils fouillent en moi comme les rats poursuivis par le feu
Je suis l’homme des cavernes moderne
Le feu brille en moi
Et mes ténèbres fouisseuses
Cherchent le monde existant

Index des poèmes

III – Dernier jour / Premier jour (2016-2017)

Fenêtre noireÉclats de bulles  •   Ce qui affaisse nos corps et tire nos peauxNuit de l’hyperboréeGraalFouille, exhumation, terre retournéeLe vent de la nuitLe vent du jourCanna ou la nouvelle Cendrillon •  Point de rencontre des deux inclinaisonsLes enfants disparaissentMille ciels perdus au fond du tambourParoleCreux •  Torsion des pyramidesPastiche de soleils soupçonnésPetit-déjeunerLe peuple des luciolesLa tombe d’un labyrintheLe monstre du jourCartographie du silence •  La prisonnière toute fenêtre ouverteTerre • La fontaine

separateur korean

II – Tombeau de l’enfant sauvage (2015-2016)

Les poèmes de cette saison ont été compilés dans un recueil disponible dans la Boutique . Quelques poèmes n’ayant pas été retenus, je les laisse en lecture libre :

L’éternel instant • A l’enfant sauvageLes chemins nous rassemblerontSoleil exact

separateur korean

I – romantisme magique (2008-2011)

Entre deux mersCour des miraclesDeux soleils et un vélo26 décembreY a comme quelque chose pour tout avalerLes petites marionnettesAu bout du bout du mondeLettre d’amourRue BayardEclatsDans la villeEntre le tonnerre et l’éclairCrise 18La ville usuréeElsa IILe NLe Son des détectivesEt nous jugerons les angesOnD’un mot à l’autreLa stratégie du miroir

 

Les petites marionnettes

Sous la balançoire en hiver
Moi et Margot
Nous avons découvert un matin
Une épée de corsaire
Une baguette de princesse
Un truc qui se prononce talastite
C’est ce qu’a dit la maitresse
Et comme c’était la fin de la récré
Dans ma poche de salopette
J’ai rangé l’épée toute froide
Ou la baguette
Pour quand Margot voudrait jouer avec          Continuer la lecture de

Les petites marionnettes