Caldora

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1-2mn

Caldora gratte la nuit enfin assoupie, séchée aux commissures de ses lèvres en petites croûtes croquantes, tel un monstre aux mignonnes paupières roses auquel elle pardonnera toujours tout. Elle plonge son visage loin du miroir, sous l’eau fraîche du robinet, mais l’eau glisse sur la graisse des nuits qui l’a tant et tant patiné, l’eau glisse et tournoie jaune et sale dans le siphon.

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Caldora

La stratégie du miroir (ou l’art de l’ennui en pleine tempête)

Mon front bercé, écervelé, il a deux poches d’yeux sous le menton ; ton nom sous eux, trop proche, les a sali, il est tombé le cil qui me faisait pleurer. Tu pleus, laissée en ville et béton, seule. Ça le valait quand même, mes trois petits rires que tu as croqué. Ils avaient le goût de rien, ça ne devait pas être mauvais. Ça, ça ! Avaler, tes « M », étroit empire tout crotté, ils piquaient mon « N » mollassonne. Ça n’avait pas l’air de me lover. Lever, mes deux râles happés avaient asss… Assez de toi, ouatée d’haine. Aîné des toits, le nez chahuté et tricoté par la poussière d’un nuage, j’ai eu un dernier sou à la râpe et ton cri ému hache et mes doigts et les. Les. Les je-ne-sais-quoi de la bave que tu as laissé dans mon oreille. Au réveil on en descella du dégueu malade de voix sèche, un nez gèle.

Jour d’été midi 15

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15-20mn

Rudölf, 42 ans
Nous nous trouvions debout au milieu du wagon, avec ma femme et ma fille, quand le métro s’est arrêté. Le conducteur ou un employé a parlé dans les micros mais nous n’avons pas compris ce qu’il disait. J’ai demandé, avec mon médiocre français, à une grosse femme de nous expliquer, mais elle n’a pas semblé me comprendre. Alors nous avons tout simplement attendu et j’ai expliqué à ma fille que ce genre d’arrêt impromptu était fréquent dans le métro parisien, parce qu’à Paris ville des lumières et des arts, on attend que les chanteurs et les musiciens aient terminé leur morceau avant d’ouvrir les portes des wagons.

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Jour d’été midi 15

L’Archimède et l’Até

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1h-1h20

Tout corps plongé dans la merde subit une poussée.
Philippe Fragione, alias Akhenaton

Partie I

C’était peut-être la dernière fois que nous faisions l’amour, ou, du moins, j’étais certain que c’était la dernière fois que moi je faisais l’amour pour les six prochains mois. Je ne m’inquiétais pas vraiment pour sa libido, elle n’aurait sûrement aucun scrupule, peut-être dès le premier week-end de mon départ, à enfiler sa robe de cocktails et à descendre au coin de la rue pour appeler un taxi et se rendre dans un des bars du centre, se faire payer une caïpirinha par le premier mec avec de belles chaussures et le suivre sans rechigner à son appartement tout proche, un élégant deux pièces uniquement meublé d’un canapé blanc, d’un lit blanc et d’une cuisine à l’américaine, où ils baiseraient comme des bêtes jusqu’au petit matin. Tout ceci, c’était certain, elle le ferait sans penser une seule seconde à moi.
« Tu fais quoi, là ? me dit-elle. Tu joues au docteur Maboul ?
– Pardon chérie, j’avais la tête ailleurs. C’est à cause de cette mission.
– Laisse tomber. Pousse-toi de là, tu veux. »
Je me retirai en douceur de sa chair cannibale, basculai sur le dos et m’allongeai à ses côtés.
J’attrapai le paquet de Gitane sur la table de chevet et en sortis deux cigarettes que j’allumai tour à tour. Je lui tendis la première et nous fumâmes ainsi sans prononcer un mot. Mes valises étaient prêtes et tout ce qu’il me restait à faire était de profiter des dernières heures que nous avions à passer ensembles. Par respect pour moi, ou peut-être par pitié, elle resta allongée sur le lit jusqu’à ce que nous eûmes fini de fumer, puis elle se leva et me demanda si je voulais qu’elle me prépare quelque chose à manger. Je remuai vaguement la tête en guise de réponse.

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L’Archimède et l’Até

D’un mot à l’autre

Un esprit ceint dans un corps saint convoitait corset corse sur son coussin. L’écorce de ces seins saignant ses cinq sens, il signa en silence un sceau d’abstinence sur son sain pénis, mise en scène presque obscène d’un sexe sans Seine. Ses cils de lys blancs, censeurs et sans heurts se turent et surent. Cent heures coulèrent et les senteurs de l’ire salirent ses pensées pourtant presque pansées. Son cœur aux couleurs sensibles chuta en son estomac acide et s’asphyxia céans, cédant aux bizarreries d’un amour sans cible.
2009

La Ballade du Café Triste • Carson McCullers

Titre original : The Ballad of the sad cafe
États-Unis, 1943
Éditions Stock, 1974, pour la traduction française
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jacques Tournier

 

 
Ce qu’on ignore, lorsque comme moi on fait une croix sur la biographie d’un auteur pour mieux savourer, bandeau sur les yeux, la première bouchée de son œuvre, c’est que Carson McCullers n’est pas, comme son nom l’indique, un cow-boy aux bottes sales et au cœur amoureux. Loin de là. C’est celui d’une jeune femme de 26 ans que ses parents voulaient garçon, jeune femme qu’on s’imagine le visage fermé et les mains pudiques, pianotant sur une machine à écrire des notes douces et lugubres à la fois. Ancienne pianiste et petit génie déchu, trop grande pour le monde, Carson est une girafe dans un magasin de porcelaines – en partie déjà brisées. Mais Carson n’est pas là pour recoller les morceaux. Dans les débris, elle déblaie un chemin qui fait le tour de la pièce. Puis elle peut commencer l’écriture de sa nouvelle.

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La Ballade du Café Triste • Carson McCullers

créatures, littérature, cahiers