Clément / fragment 4

Retour au sommaire

Une saloperie de crise de la trentaine.
Une fausse mission suicide.
Rien en tout cas que la violence – ta mère la pute – ne saurait contenir.
Rien d’autre qu’une occasion d’en profiter.

Les affaires de Maya jonchent l’appartement. Elle est partie il y a quelques heures (ce mot n’a aucun sens : disons… un autre matin…). Un autre matin que le mien. Nous nous croisons à la fréquence du passage des comètes les plus rares. J’ai les joues qui traînent dans la bouche, les yeux qui fondent dans le crâne. Je colle une douille d’herbe en trois temps. Mes paupières, mais je ne crois pas que ce soit visible, s’ouvrent.
Je suis observateur. J’observe et parfois je retiens, et ça c’est le pire.
Je suis gentil. Quelqu’un de gentil, c’est ce que les gens disent ; mais le pire c’est que personne n’a jamais dit que j’étais méchant. Si deux gars, trois gars arrivaient au bon moment, c’est-à-dire lorsque je rêve de voir cramer la planète entière (forêts comprises ! ), mon poing on fire comme le putain d’extincteur d’Irréversible, alors tout ceci se terminerait, affaire conclue, moi en prison et la logique du monde respectée. Mais toute cette vilaine colère ne s’échappera pas, jamais.
Parfois, je comprends l’un des mots qui sort de sa bouche, et elle comprend l’un des miens, et houga bouga de joie ! nous dansons nous baisons nous cassons des trucs c’est pas grave, et oui c’est clairement aussi beau que de regarder passer une comète que Cléopâtre ou une autre connasse est la dernière à avoir vu passer.

J’observe pendant des heures, toutes les choses et toutes leurs ombres, n’importe lesquelles, toutes. Et je n’en retiens que certains détails, parfois anodins, parfois étranges presque mystérieux, ou disons que mon esprit les retient, moi j’observe et je m’en branle, je ne cherche rien, je m’ennuie.

Fragment suivant

Clément / fragment 3

Retour au sommaire

Les matins vomissent mes nuits. Grumeaux de rêves macabres, suicidaires, petits poucets jusqu’à la cuisine, frigo, bière.
Mes rêves pleurent ensuite par mes yeux. Cigarette. Balcon. L’air : toujours le même, pluie ou ciel bleu, l’air frais du matin : toujours le même, peu importe l’heure, l’air vivant du matin.

Je voudrais tuer un clochard façon orange mécanique, de loin, du bout du pied. Facile, avec des chaussures balèzes, je vois l’truc. Comme un petit chat croisé à six du mat, un dimanche ivre, bave aux caniveaux, qui valse par les berges. Léger. À l’heure bénite où tout est léger.
Je voudrais sauver un clochard, me sortir du lit, danser sur les trottoirs comme dans une comédie musicale et faire pleuvoir des chocolatines et du lait écrémé sur sa face volcanique.
Matin vomi, matin balcon. Je crache par-dessus la jardinière. Herbes mortes, aromatiques je crois. Elles ont trois ans. Et meurent si doucement.
La terre, du sable.
Sortir des rêves. Heureux ou tristes.
Je suis un crépuscule qui s’éternise.

Fragment suivant

Clément / fragment 2

Retour au sommaire

Chapitre 1

Seul

Je l’avoue : j’ai commencé à écrire cette histoire par son prologue, ce qui en général ne se fait pas, car un roman ne se déroule jamais comme son auteur voudrait qu’il se déroule et les finalités et les desseins qu’il impose à son commencement ne sont que rarement les fins que l’histoire, par de viles acrobaties inconscientes ou cathartiques, parvient à imposer et obtenir.

Certains écrivains se sont découverts, d’autres se sont soignés, mais je ne désire rien découvrir ni rien soigner, bien au contraire. Je cherche à planter des aiguilles sur chaque point de mon corps pour y trouver ceux qui me sont le plus douloureux. M’y enfoncer jusqu’à la crispation totale et mourir. Proprement, sèchement. (Hiver ou été peu importe. Mais je décrirai un jour bleu et frais, sans vent ni nuage, avec partout le soleil jetant ses ombres lourdes, fraternelles. Alors au chaud-froid de mon corps se formera un monde double l’instant d’une seconde.)

Ainsi pour ne pas dévier des mes intentions, ce prologue anticipé fait valeur de contrat : à la fin, promis craché, l’amour est piétiné et l’art triomphe. Je soussigné, votre valeureux voyageur, moi.

Fragment suivant

Clément / fragment 1

Retour au sommaire

Prologue

Puisqu’en réalité tout finit toujours mal, et afin de mieux nous concentrer sur les détails secondaires qui eux seuls ont de la valeur, débarrassons-nous dès maintenant de l’intrigue principale de cette histoire :

Dans le premier chapitre, je rencontre Clément sur internet et je fais de lui ma muse.

Dans le second chapitre, je commence à écrire le premier chapitre de mon chef-d’œuvre : l’histoire d’amour entre Maya et moi.

Dans le troisième chapitre, j’annonce au lecteur que Clément a refusé presque toutes les phrases de mon second chapitre, et avec pour seule ellipse cette explication (qui forcément plaira à Clément), nous passons directement au chapitre suivant.

Dans le quatrième chapitre, rien ne se passe. Maya et moi faisons des trucs sans intérêt.

Dans le cinquième chapitre, toujours rien ne se passe. Maya obtient une promotion. Nous achetons une maison à la campagne mais pas trop loin de la ville.

Finalement, dans le dernier chapitre, je tombe amoureux de Clément, et afin de terminer mon chef-d’œuvre, je le tue.

Fragment suivant

Clément / Sommaire

La version présentée ici est ce qu’on appelle communément un premier jet, et est le résultat de treize mois de nuits blanches, dont il est possible de découvrir la forme brute sur le forum des Jeunes écrivains (accessible aux membres seulement).

Prologue/Chapitre 1 – Seul

cropped-05102015-sans-titre-203.jpg

Chapitre 2 – Alexandre

cropped-16070798925_cf960b13bb_h3.jpg

Chapitre 3 – Erreur

cropped-12192932_10153885373670695_130804908_o.jpg

Chapitre 4 – Écrire un roman

cropped-15563091614_2ff742a438_k.jpg

Chapitre 5 – Seuls

cropped-05102015-sans-titre-202.jpg

Dernier chapitre – La Citadelle

cropped-14428433005_65ba150b72_h.jpg

Epilogue

(prochainement)

+

MUSIQUE DU LIVRE

*

Et que devient ce projet ?

La première correction commencera courant mars.

Correction terminée.

Impression imminente.

Et bientôt, envois à quelques maisons d’édition…

Index des poèmes

III – Dernier jour / Premier jour (2016-2017)

Fenêtre noireÉclats de bulles  •   Ce qui affaisse nos corps et tire nos peauxNuit de l’hyperboréeGraalFouille, exhumation, terre retournéeLe vent de la nuitLe vent du jourCanna ou la nouvelle Cendrillon •  Point de rencontre des deux inclinaisonsLes enfants disparaissentMille ciels perdus au fond du tambourParoleCreux •  Torsion des pyramidesPastiche de soleils soupçonnésPetit-déjeunerLe peuple des luciolesLa tombe d’un labyrintheLe monstre du jourCartographie du silence •  La prisonnière toute fenêtre ouverteTerre • La fontaine

separateur korean

II – Tombeau de l’enfant sauvage (2015-2016)

Les ailes ne repoussent pasLe lac souterrainDéchirure de l’espaceLes cœurs battent ailleursLe potagerSous silenceJour et nuitLe corps interditEtincelleBlancProfondeurRôninA l’aube des joursLe criMonstre d’enfantEncore et encoreRetour chez les mortsDessus dessousCourage cours !Peinture au couteauL’aviateurLa boueL’éternel instantNuit en montagneIlluminationPyrénéesLe rêve lointainNé sans nomCache démesuréeLe point central du réveilLa poussière ne retombait plusLes adieuxVol sacréChut(e)Froissement sépulcralLa maisonLa nuit ne prévenait plusLe paysOstaraAu bordPampeluneBris/élasticitéBalthusSilex – trois mouvementsLe marbre défaillantCartographie du videL’alignement verticalTon corps informe et la lune dessusLa marcheQuelle est la corde qui tire sur le jourVisionA l’enfant sauvageLes chemins nous rassemblerontSoleil exactNuit ∞La fontaineSouvenirs du néant

separateur korean

I – romantisme magique (2008-2011)

Entre deux mersCour des miraclesDeux soleils et un vélo26 décembreY a comme quelque chose pour tout avalerLes petites marionnettesAu bout du bout du mondeLettre d’amourRue BayardEclatsDans la villeEntre le tonnerre et l’éclairCrise 18La ville usuréeElsa IILe NLe Son des détectivesEt nous jugerons les angesOnD’un mot à l’autreLa stratégie du miroir

 

Index des nouvelles

« L’immense Arturo, maintenu dans la terre, jusqu’aux profondeurs de la terre, par cette longue vertèbre qui est son arc, bande et flèche les tourtereaux, dans la Limousine Paradis, vertige des amoureux. »

Autour de mon annulaire fantôme, des fleurs rouges

logo NC_test marion_fini2

Je cacherai
Esther est une petite fille brillante et mystérieuse, au secret tout à la fois si lourd et si léger qu’il la masque tout entière sans que personne ne s’en aperçoive.

Les cauchemars de Balsia
Dans les steppes de Mongolie, une vieille femme nomade décide de partir à la recherche de son fils, rendu à la ville une vingtaine d’années plus tôt. Elle découvrira que le véritable chemin ne se parcourt que dans un sens.

Le peuple seul
Conte poétique d’inspiration éthiopienne dans lequel un jeune homme et une princesse partent chacun à la recherche de l’amour.

Voyage en train
Deux personnes âgées se retrouvent dans la même cabine de train lorsqu’une femme au visage familier leur apparaît. Elle refuse de dire son nom. Cela fait partie du jeu. Ils doivent le deviner, ou plus exactement, ils doivent s’en rappeler. Dans le ressac des souvenirs, y parviendront-ils ?

Vingt-trois minutes
L’amour, la drogue, et la mince frontière qui les rapproche. La réalité, les hallucinations, et la mince barrière qui les sépare. Vingt-trois minutes, c’est le temps d’un trip sur les terres incertaines de l’amour, vingt-trois minutes où tout se confond, où les mots perdent leur sens, se décantent jusqu’à n’être plus que des mots, au sens le plus pur.

Lullaby to paradise
Compte à rebours d’une cavale amoureuse.

Les Crevasses en silence
Dans la province de Nunavut au Canada, d’étranges villageois vivent reclus, perpétuant les traditions de leurs ancêtres et maintenant à flot leurs légendes. Mais les apparences sont trompeuses, et il semble que les maux du monde moderne ne les ai pas épargnés.

Jour d’été midi 15
Le métro est bloqué. La rumeur enfle : quelqu’un se serait jeté sur les rails. Les hommes se confrontent à leurs semblables, incapables de dissimuler leurs émotions, et les esprits finissent par s’échauffer.

L’Archimède et l’Até
Afin de sauver l’humanité d’une inévitable montée des eaux, une organisation internationale envoie militaires et scientifiques sur une étrange île sortie des eaux, semble-t-il, par magie. Mais les causes de cette excroissance semblent plus naturelles qu’il n’y paraît.

Chasseur
Un homme aux mystérieux pouvoirs est escorté puis enfermé afin d’être analysé, ou peut-être canalysé. Il porte autour du cou un carnet, sur lequel il écrit la réalité, ou peut-être tente-t-il de rendre réelles ses hallucinations. Mais son pouvoir va se révéler extrêmement dangereux.

Fusion
L’amour rend fou. L’amour rend double, multiple, infini. Et quelque part, il existe un homme capable de fusionner cette multitude en une seule et unique personne. Les protagonistes de cette histoire, au coeur brisé, vont tenter l’expérience, à leurs risques et périls.

And bears and monkeys
Au coeur de la nuit marseillaise, dans les vapeurs du sexe et du sale, un jeune homme déchiffre l’histoire d’une sinistre rue qui lui semble familière.

Caldora
Très courte histoire d’une femme qui se cache dans la nuit.

A l’ombre des champignons
Dans cette histoire y a moi, y a un gars qui est habité et qui fait peur aux gens, y a Nina qui lit des livres et qui a peur de sortir de chez elle, y a la guerre pas vraiment la guerre, mais pas vraiment la paix non plus, et y a cette histoire dans l’histoire, cette histoire qui parle de champignons qui peuvent te tuer et d’autres pas.

Vingt-trois minutes

Retour à l’index des nouvelles


35-45mn

Maria, c’était son nom, et il était d’autant plus charmant qu’elle n’avait aucune origine espagnole ni penchants catholiques.
Elle ne portait de boucles à l’oreille que ses cheveux pleins de courants d’air, qu’elle cachait en partie sous un torchon de cuisine mais d’où toujours dépassaient quelques mèches tendues comme des tire-bouchons.

Continuer la lecture de

Vingt-trois minutes

Index des lectures

separateur korean

 

Musique du livre

Retour au sommaire

1. Silver mount Zion – Sit in the middle of three galoping dogs
2. Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp – Slide
3. Akalé Wubé – Mata
4. Eténèsh Wassié et le Tigre des Platanes – Bati
5. Alif tree – My Soul
6. Kyuss – Freedom run
7. Master Musicians of Bukkake – Schism Prism/Adamantos
8. Ufomammut – Stigma
9. Vista Chino – Dargona Dragona
10. The Desert Sessions – Teens of Thaïland
11. La Rue Kétanou – L’Ardoise
12. Chiens de paille – Comme un aimant
13. La Rumeur – Le Pire
14. Idéal J – Un Nuage de fumée
15. Portishead – Undenied
16. Portishead – Roads
17. Portishead – Wandering star
18. Portishead – Magic doors
19. Portishead – We carry on
20. Jozef Van Wissem & SQÜRL – Streets of Tangier
21. Yasmine Hamdan – Hal
22. Akalé Wubé – Kidus à cent dix
23. Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp – The sheep that said moo
24. Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp – Cranes fly
25. Hidden Orchestra – Dust
26. Portico Quartet – Clipper
27. Inti Illimani – El pueblo unido
28. Neil Young – Old Man
29. Nico & the Velvet Underground – Venus in furs
30. La Mal Coiffée – La ronda del morts
31. The Bulgarian national radio children’s choir – The mountain has overtuned
32. Nico & the Velvet Underground – Femme fatale
33. Crystal fighters – Follow
34. World’s end girlfriend – Ghost of a horse under the chandelier
35. Chelsea Wolfe – Virginia Woolf underwater
36. The Wytches – Gravedweller
37. In Zaire – Sun
38. Efren Lopez, Stelios Petrakis, Bijan Chemirani – A. A. A. A. A. A. A.
39. Eagles of death metal – Already died
40. Queens of the stone age – Skin on skin
41. Camille – Pâle septembre
42. Camille – Le Banquet
43. Alejandro Jodorowsky – Pantheon bar
44. Camille – La Demeure d’un ciel
45. Camille – Vertige
46. Camille – Le Berger
47. Queens of the stone age – Skin on skin
48. Swans – She loves us
49. Alejandro Jodorowsky – Tarrot will teach you / Burn your money
50. La Caution – Bâtards de barbare
51. Mai Lan – Gentiment je t’immole
52. Oxmo Puccino – Les jeunes du hall
53. Mahmoud Ahmed – Ambassel
54. Tesfa-Maryam Kidane – Heywete
55. Alamayehu Eshete – Addis Abeba Bete
56. Mulatu Astatke – Yegelle Tezeta
57. Tlahoun Gessesse – Lantchi Biye