Archives par mot-clé : France

Adieu à ce qui vient • Pierre Cendors

Éditions Finitude, 2011

Mise en page 1C’est un très beau livre que voici, très beau en tant qu’objet, couverture et dos élégants, papier doux et épais à caresser, format ni trop grand ni trop poche. Mais au-delà de cet aspect purement matériel, entre ses pages délicates, ce roman nous promet Venise, la Sérénissime ! Combien de diamants s’illuminent alors dans mes yeux ! Je trépigne déjà à l’idée d’arpenter les ruelles étroites et les somptueux palaces. Ainsi donc lavons-nous les mains et ouvrons ce livre au plus vite !

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La vie l’amour la mort le vide et le vent • Roger Gilbert-Lecomte

Prairial, 2014

éditions des Cahiers libres (1933) pour La vie l’amour la mort le vide et le vent
éditions Sagesse (1938) pour Le miroir noir

La_vie_l_amour_la_mort_le_vide_et_le_vent

Le vent d’après
Le vent d’avant

Depuis jamais
Je sais toujours
Souvenir d’avenir après toute vie révolue
Prévision d’autrefois d’avant tout mouvement
Avant que soit
Le premier mouvement le vent
Pour quel crime immense inconnu
D’un juge qui n’est que moi-même
Ma condamnation au présent à perpétuité
Éternité

Depuis jamais
Je sais toujours
Prévoir me souvenir du vent qui vient de plus loin que la lune
Et les étoiles
Le vent de bêtes légion
Qui glisse de plus loin que l’humaine illusion de tout l’espace oblong
Le vent de bêtes et de griffes
Qui hurlent dans les caves du ciel
Déchirent des lambeaux de soie noire aux parois supérieures de l’éther
Le vent qui vient de plus loin que tout l’espace plein
Le granit d’un seul grain de granit
Granit sans grains
Le granit plein
Le vent qui vient de plus loin que l’éternelle limite
Où le marbre est perméable au tulle
Et les étoiles alvéoles perméables à l’éther dentelles
Le vent qui n’a jamais dépassé
L’ourlet croquant de mon oreille
Le vent qui n’a jamais pénétré sous mon crâne
Jamais fait résonner les grottes de mes tempes
Le vent qui secoue l’étendue onduleuse de tout
Mais le vent qui ne peut secouer moi le vide
Le trou d’absence dans le monde
Le défaut du cristal le crachat de l’émeraude
L’entonnoir le trou

Espace que détient mon corps statufié dans l’espace
Mon corps est le seul lieu où je ne me sais pas
Le seul lieu où je ne sois pas
Moi qui suis le vent d’avant tout mouvement
Le vent vivant après toute vie révolue
Le vent qui vient de plus loin que la forme oculaire de
l’infini de l’homme
Limite de souffrance la peau la seule opacité
Nuit du tambour increvable
Que les volcans du vent fassent éclater mon crâne
Retournez-moi comme un gant
Dévaginez-moi jetez-moi nu tout vif écorché à l’amour
souterrain de l’ombre de l’envers du monde

Arrachez la viande de mes joues
Pour que je voie enfin mon rire de mort

Le dernier monde • Céline Minard

Denoël, 2007

« Derrière ma baie les sons me parviennent assourdis, en dessous de ce qu’ils sont et je suis fatigué qu’on me filtre le monde. »

dernier monde-2

   Le cosmonaute Jaume Roiq Stevens a refusé d’obéir à l’ordre d’évacuation de la station spatiale, et il erre maintenant dans l’espace, plus seul que jamais, menacé par un missile atomique s’il ne redescend pas au plus vite.

Mais bientôt, le sol cesse tout contact avec lui, et Stevens constate que des phénomènes étranges se produisent à la surface de la terre : « un énorme nuage s’est formé au sud de New-York. Je l’ai vu émerger lentement au-dessus des terres de l’État comme un nuage de lait dans un thé sombre et s’épanouir. Guerre atomique ? »

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Les Demeurées • Jeanne Benameur

Denoël (Gallimard), 2000

    Elles sont comme enfermées à demeure, mère et fille demeurées, dans cette petite maison d’objets utiles et de rangements pratiques, animées seulement de quelques gestes mécaniques, instinctifs. L’intérieur de leur tête est sombre, l’intérieur de leur tête est cousu d’étoiles filantes, mais c’est un ciel qu’elles partagent et que personne d’autre ne peut voir. Elles y sont bien, elles s’y tiennent chaud. Dehors, la vie passe et elles n’en savent rien.
La mère, on l’appelle la Varienne, ou encore l’idiote du village. La petite fille, c’est Luce. Elles partagent tout, chaque chose de la demeure, les murs à face unique, le lit. Mais ce cloisonnement ne peut durer éternellement. La petite Luce doit aller à l’école, c’est obligatoire, la stupidité n’est pas héréditaire, Mademoiselle Solange, l’institutrice du village ne peut le croire, ne veut le croire, et ainsi décide-t-elle de prendre en main la fillette. Un bouleversement qui va fragiliser l’harmonie brute qui les maintenait perpendiculaires. Tout va chanceler, la faille est ouverte, le marteau a frappé, là, il tremble encore, éducation !

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Les Demeurées • Jeanne Benameur