À l’ombre des champignons

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À l’ombre des champignons

Prologue

Il était habité ce gars-là, j’vous jure. Son doigt pointé sur moi, ou quelque part sur moi, il a dit :
« C’était des fleurs avant. »
J’ai dit « Quoi ? Qu’est-ce qui était des fleurs avant ? »
Mais y avait rien à en tirer – il a simplement répété – et moi, comme j’avais jamais été une fleur, j’ai pas compris davantage.
Un taré. Et on disait qu’il était habité. Il restait planté sur le même banc tous les jours tout le jour et quand vous passiez à côté de lui, vous pouviez être certain qu’il allait dire un truc insensé que vous comprendriez pas, et même un truc à vous faire pleurer si vous étiez du genre fragile. Quand on comprend rien à c’que raconte quelqu’un, en général, on fixe ses yeux pour trouver du sens. Mais avec lui, fallait pas faire ça ; ses yeux aussi étaient habités, et moi j’y regardais plus dedans ; ça foutait vraiment la trouille, j’vous jure.
Je lui ai souhaité une bonne journée, comme ça, et j’ai répété avec ma main, au cas où lui non plus comprenait pas ce que j’disais.

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Vingt-trois minutes

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Vingt-trois minutes

Maria, c’était son nom, et il était d’autant plus charmant qu’elle n’avait aucune origine espagnole ni penchants catholiques.
Elle ne portait de boucles à l’oreille que ses cheveux pleins de courants d’air, qu’elle cachait en partie sous un torchon de cuisine mais d’où toujours dépassaient quelques mèches tendues comme des tire-bouchons.

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L’Archimède et l’Até

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L’Archimède et l’Até

Tout corps plongé dans la merde subit une poussée.
Philippe Fragione, alias Akhenaton

Partie I

C’était peut-être la dernière fois que nous faisions l’amour, ou, du moins, j’étais certain que c’était la dernière fois que moi je faisais l’amour pour les six prochains mois. Je ne m’inquiétais pas vraiment pour sa libido, elle n’aurait sûrement aucun scrupule, peut-être dès le premier week-end de mon départ, à enfiler sa robe de cocktails et à descendre au coin de la rue pour appeler un taxi et se rendre dans un des bars du centre, se faire payer une caïpirinha par le premier mec avec de belles chaussures et le suivre sans rechigner à son appartement tout proche, un élégant deux pièces uniquement meublé d’un canapé blanc, d’un lit blanc et d’une cuisine à l’américaine, où ils baiseraient comme des bêtes jusqu’au petit matin. Tout ceci, c’était certain, elle le ferait sans penser une seule seconde à moi.
« Tu fais quoi, là ? me dit-elle. Tu joues au docteur Maboul ?
– Pardon chérie, j’avais la tête ailleurs. C’est à cause de cette mission.
– Laisse tomber. Pousse-toi de là, tu veux. »
Je me retirai en douceur de sa chair cannibale, basculai sur le dos et m’allongeai à ses côtés.
J’attrapai le paquet de Gitane sur la table de chevet et en sortis deux cigarettes que j’allumai tour à tour. Je lui tendis la première et nous fumâmes ainsi sans prononcer un mot. Mes valises étaient prêtes et tout ce qu’il me restait à faire était de profiter des dernières heures que nous avions à passer ensembles. Par respect pour moi, ou peut-être par pitié, elle resta allongée sur le lit jusqu’à ce que nous eûmes fini de fumer, puis elle se leva et me demanda si je voulais qu’elle me prépare quelque chose à manger. Je remuai vaguement la tête en guise de réponse.

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