Clément / fragment 211

Toujours assise silencieuse au coin de la pièce, la mystérieuse ombre attend quelque chose ou peut-être n’attend pas. Par les volets à moitié rabattus, coule une gelée bleue pâle qui tremble comme un écran de cinéma entre deux projections.
Je demande à l’ombre si je rêve. Aucune réponse, mais j’entends son sourire qui se lève sur son visage, traverse la pièce jusqu’au lit et me mouille la joue. Je sursaute d’effroi. Qui êtes-vous ? Mes bras et mes jambes sont engourdis. J’essaye de faire bouger mon véritable corps, comme j’y parvenais autrefois : au bord du sommeil mouvoir uniquement mon ectoplasme, mais en vain. (L’ectoplasme étant à mémoire de forme, il garde longtemps l’apparence du morceau de corps dont il vient de s’extraire, si bien que, tombant toujours trop tôt dans le sommeil ou revenant au contraire à la stricte réalité, il m’a toujours été impossible de connaître sa véritable forme, et donc de savoir comment l’utiliser avec aise). Je demande à l’ombre, est-ce cela le rêve lucide ? Ou encore, êtes-vous un tueur de clochard ? Et quelle merde m’avez-vous injectée ? Vos aiguilles étaient propres ?
Enfin, d’une voix que je ne reconnais pas mais qui pourtant me bouleverse comme une odeur jaillie d’outre-tombe, l’ombre prononce, tu as reçu une carte postale.

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