Clément / fragment 218

La photo représente ma mère dans sa robe de communion. Elle a douze ans mais elle en paraît quinze ou seize. Son front et une partie de ses cheveux sont couverts. Elle est tournée de trois-quart, le visage penché sur un livre qui, bien que posé entre ses mains, semble tenir tout seul. Sûrement la Bible. J’ai déjà vu cette photo, mais jamais je n’y ai trouvé ma mère si belle et si proche de la perfection que maintenant. Comme si un prisme avait dispersé les couleurs et fait réapparaître l’image la plus pure, l’essence de toute une vie – avant qu’elle ne se déroule – tout à coup perceptible. Le prisme-mort. Le prisme-maladie.
Derrière la carte est écrit :
Au début, j’entends encore les pas du chien qui claudique dans le couloir. Pendant plusieurs jours je les entends, et je me retourne parfois, mais rien, pas de chien, je veux dire, le chien est mort. Le couloir, lui, semble toujours le même, mais petit à petit les bruits disparaissent, et peut-être que le couloir les a avalé et digéré, car lorsqu’il grince maintenant, il fait ton bruit, vieux chien, il fait ton bruit de chien qui va mourir.

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