Âpnée / fragment 6

     J‘écris son petit nom sur le bout de mon grand doigt, et le trempe dans le bouillon, remue dans l’espoir magique, satanique, vaudou, qu’importe, remue jusqu’à ce que le nom disparaisse et s’y mélange entièrement !
Dans mon 10m² de sorcière urbaine, je crée toutes sortes de philtres d’amour. J’ai peint mes feuilles de cours, celles où mon écriture est la plus rapide et la plus illisible, et je les ai collées par petits éclats sur la fenêtre. Maintenant, je dis que ce sont des prières et des chants sacrés pour elle, et je dis aussi que j’ai réquisitionné une mini église pour son culte.
Je crache dans ma nourriture en improvisant un bénédicité ultra-moderne. « Sainte *** ! Que soient maudites ces pâtes au beurre qui n’ont aucun goût ! Sainte *** ! Que soit maudite toute la nourriture du monde qui n’a aucun goût ! Sainte *** ! Que je demeure sans jamais plus rien manger avant de t’avoir goûtée Toi ! Sainte *** ! Que je connaisse le goût de toutes ces choses ! Amen ! Bisous partout ! »
Je bénis mon pipi, car il est capable de franchir les canalisations, les fleuves et les rivières, et peut aller presque partout, même dans les nuages…
Tout se transcende.
J’attrape tous les insectes, les mouches, les moucherons, les cousins, et les ensorcelle. Je les enferme dans l’orbe de mes mains et leur murmure le nom interdit, ainsi que la prière – qui fait office de clé –, et qu’ils devront aller murmurer à l’oreille de ma victime la nuit suivante.
J’observe les moustiques me sucer le sang ; une fois bien gonflés, je répète avec eux le rituel du murmure, et leur indique le vitrail de sortie.
Un litre de mon sang frais ! je promets au premier moustique capable de me ramener le précieux liquide !
Lorsqu’il est tard, lorsque j’ai trop bu, lorsque je n’ai pas assez dormi, tout ceci prend des proportions indignes, et je m’étonne que personne ne soit encore allé se plaindre de la sorcière du 228.

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